Après les déclarations du ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, sur la décision de Joseph Kabila de prendre la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN), le PPRD Benelux dénonce ce qu’il considère comme une condamnation à sens unique. Dans une déclaration, cette fédération du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) invite la diplomatie belge à examiner les causes politiques de la crise congolaise, les restrictions des libertés et les occasions manquées de dialogue avant de condamner le recours à la lutte armée.

    Le PPRD Benelux a réagi aux propos tenus mercredi 21 octobre 2026 par le vice-Premier ministre et ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, devant la commission des Relations extérieures de la Chambre. Le chef de la diplomatie belge avait exprimé sa vive préoccupation après l’annonce de la création du Front pour la refondation de la nation (FRN), dirigé par l’ancien président congolais Joseph Kabila.

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    Maxime Prévot a qualifié cette évolution de « développement très préoccupant », jugeant « déplorable, incompréhensible et inacceptable » le choix de l’ancien chef de l’État de prendre la tête d’un mouvement politico-militaire visant à accéder au pouvoir par les armes plutôt que par les voies démocratiques.

    Dans sa déclaration, le PPRD Benelux affirme respecter le droit de la Belgique à défendre une solution pacifique à la crise en République démocratique du Congo. Il reproche toutefois au ministre belge de condamner cette évolution sans, selon lui, dresser le bilan des occasions manquées de prévenir la crise.

    « Monsieur Prévot, vous connaissiez les alertes : pourquoi condamner la rupture sans tirer le bilan des occasions manquées de la prévenir ? », interroge la fédération.

    Sept années de rupture politique

    Le PPRD Benelux revient sur la période ouverte par l’alternance présidentielle de janvier 2019, lorsque Joseph Kabila avait transmis le pouvoir à Félix Tshisekedi. La fédération estime que le parcours de l’ancien président depuis son départ du pouvoir mérite une analyse plus approfondie, au regard des procédures judiciaires, des sanctions et des restrictions politiques qu’elle dénonce.

    Elle rappelle notamment que Maxime Prévot avait exprimé, en octobre 2025, des réserves sur les conditions du procès ayant abouti à la condamnation à mort de Joseph Kabila. Le PPRD Benelux dit avoir salué cette prise de position, mais regrette que les préoccupations relatives aux droits et aux libertés politiques n’aient pas, selon lui, débouché sur des résultats suffisants.

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    La fédération évoque également la situation d’Aubin Minaku et d’Emmanuel Ramazani Shadary, présentés comme des dirigeants du PPRD, ainsi que celle d’autres personnalités politiques et de journalistes. Elle affirme que certains ont subi des arrestations arbitraires, des détentions secrètes ou des disparitions forcées et demande quelles démarches concrètes la diplomatie belge a entreprises en leur faveur.

    Elle cite notamment Dunia Kilanga, Kavul Onassis, Nathanaël Onokomba et le pasteur Daniel Ngoy Mulunda, ainsi que des Congolais en exil. Ces accusations et interrogations sont formulées par le PPRD Benelux dans sa déclaration.

    Le dialogue politique au cœur des critiques

    La fédération critique également ce qu’elle considère comme un décalage entre les appels publics au dialogue inclusif et la situation politique en RDC.

    Elle rappelle que Maxime Prévot avait reçu, le 20 mars 2025 à Bruxelles, des responsables de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et de l’Église du Christ au Congo (ECC), dont l’initiative de pacte social visait à traiter les causes profondes du conflit. Elle mentionne aussi l’accueil favorable réservé par le ministre belge, en juillet 2026, à l’annonce d’un dialogue politique inclusif.

    Selon le PPRD Benelux, ces initiatives n’ont pas encore produit les résultats attendus. La fédération reproche aux autorités congolaises de ne pas avoir donné suite, de manière satisfaisante, aux demandes de concertation portées par des responsables religieux, des acteurs de l’opposition et des représentants de la société civile.

    Elle demande ainsi au chef de la diplomatie belge de préciser les résultats concrets des démarches diplomatiques entreprises en faveur du dialogue national et des libertés politiques.

    La déclaration revient également sur les manifestations du 15 septembre 2026 organisées par la Coalition Article 64 (C64), opposée à un éventuel troisième mandat présidentiel. Le PPRD Benelux fait état de 240 arrestations, de 64 blessés et d’un mort, Manassé Lomboto, et met en cause des membres présumés de la « Force du progrès », qu’il présente comme une milice proche de l’UDPS.

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    La fédération estime que les violences rapportées à cette occasion n’ont pas suscité, de la part du ministre belge, une condamnation d’une fermeté comparable à celle exprimée au sujet du FRN. Elle souligne qu’une rencontre entre Maxime Prévot et Félix Tshisekedi avait eu lieu à Bruxelles le 18 septembre, au cours de laquelle le ministre belge avait évoqué un « excellent moment d’échange » sur les relations bilatérales, les questions économiques et les perspectives du dialogue national.

    Le PPRD Benelux demande quels résultats cette rencontre a produits en matière de libertés politiques et de dialogue inclusif.

    Le FRN, entre rupture politique et recours aux armes

    Concernant la décision de Joseph Kabila de prendre la tête du FRN, le PPRD Benelux estime qu’elle doit être examinée à la lumière des années de tensions politiques, des procédures judiciaires visant l’ancien président et de ce qu’il considère comme l’échec des initiatives de dialogue.

    La fédération invoque notamment l’article 64 de la Constitution congolaise, qui reconnaît le devoir de tout Congolais de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou l’exerce en violation des dispositions constitutionnelles.

    Elle se réfère également à la pensée du philosophe John Locke sur le droit de résistance à un pouvoir tyrannique. Pour le PPRD Benelux, les crises politiques ne peuvent être comprises sans examiner les causes qui les ont précédées.

    Toutefois, la fédération affirme que l’analyse de ces causes doit occuper une place centrale dans l’approche diplomatique de la crise congolaise, alors que Maxime Prévot condamne le choix de Joseph Kabila de diriger un mouvement politico-militaire.

    Jean-Luc M.

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