Un an après la signature de l’accord de paix de Washington entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, la Société civile du Sud-Kivu estime que cet engagement est régulièrement violé et met en garde contre les conséquences de son non-respect sur la stabilité de l’est du pays.
Dans une déclaration rendue publique ce 30 juin 2026, la présidente du Bureau de coordination provinciale de la Société civile du Sud-Kivu, Me Néné Bintu Iragi, affirme que les violations répétées de cet accord compromettent les espoirs de paix des populations.
Des interrogations sur la question des FDLR
La Société civile estime que l’accord de Washington reprend, sur plusieurs aspects, le narratif de l’accord de Lusaka de 1999, notamment autour de la question des FDLR.
Elle s’interroge sur la pertinence de l’engagement pris par la RDC de neutraliser ce groupe armé, estimant que cette problématique perdure depuis plusieurs décennies malgré différentes opérations militaires.
« La RDC n’aurait-elle pas commis une grosse erreur de s’engager à neutraliser les FDLR supposés se retrouver, 27 ans après l’accord de Lusaka, dans les zones occupées actuellement ? », s’interroge la Société civile.
L’organisation appelle également la médiation internationale à approfondir cette question et invite le gouvernement congolais à réexaminer ses engagements à la lumière des différents rapports des Nations unies.
Elle estime par ailleurs qu’un dialogue inter-rwandais pourrait contribuer à apporter une solution durable à cette problématique.
Le non-respect des engagements dénoncé
La Société civile affirme que le retrait des forces rwandaises et des éléments de l’AFC-M23, prévu dans un délai de 90 jours après la signature de l’accord, n’a pas été pleinement exécuté.
Selon elle, cette situation alimente une crise humanitaire persistante marquée par des déplacements de populations, des violations des droits humains et la dégradation des conditions de vie des civils.
« Le non-respect des engagements (…) constitue une rupture de confiance et fait peser une menace directe sur les populations civiles de la partie Est du pays », indique le communiqué.
La Société civile fait état de combats signalés ces dernières semaines dans plusieurs localités des territoires de Fizi, Kalehe et Kabare.
Selon le communiqué, une attaque de drones aurait notamment visé, le 30 juin, une position militaire à Baraka, tandis que d’autres affrontements auraient été enregistrés sur différents axes entre le 26 et le 29 juin.
L’organisation affirme également que les violences auraient provoqué de nouveaux déplacements de populations civiles.
Le Bureau de Coordination provinciale dit avoir reçu des informations faisant état de dommages subis par certaines infrastructures civiles, notamment un établissement universitaire et un hôpital à Minembwe.
La Société Civile rappelle que les infrastructures sanitaires et éducatives bénéficient d’une protection particulière en vertu du droit international humanitaire et appelle toutes les parties au conflit à respecter ces principes.
La Société civile du Sud-Kivu exhorte l’ensemble des parties concernées à respecter les engagements contenus dans l’accord de Washington ainsi que les résolutions 2773 et 2808 du Conseil de sécurité des Nations unies.
Elle estime que les retraits observés dans certaines localités, notamment Uvira, Sange et Luvungi, demeurent insuffisants.
« Le peuple est fatigué de la guerre. Respecter un accord, c’est respecter la vie des Congolais », conclut la déclaration.
Par ailleurs, la Société civile salue les sanctions internationales prises contre certaines entreprises et raffineries rwandaises accusées de participer au commerce illicite des minerais issus des zones de conflit, tout en plaidant pour une exploitation des ressources naturelles fondée sur le respect de la souveraineté de la RDC, des droits humains et des principes de traçabilité.
