Des partis politiques de l’opposition, des organisations de la Société Civile, des forces sociales ainsi que plusieurs personnalités indépendantes ont annoncé, mardi 19 mai 2026 à Kinshasa, la création de la Coalition Article 64 pour la Défense de l’Ordre Constitutionnel, en sigle « C64 ».
Dans une déclaration politique rendue publique, les signataires expliquent vouloir défendre la Constitution du 18 février 2006 et faire échec à toute tentative de changement constitutionnel qu’ils attribuent au régime du président Félix Tshisekedi.
Les membres de cette coalition affirment agir conformément à l’article 64 de la Constitution congolaise, qui stipule que « tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution ».
Dans leur déclaration, les signataires dressent un tableau alarmant de la situation sécuritaire, politique, économique, sociale et institutionnelle du pays.
Ils dénoncent l’insécurité persistante dans l’Est de la RDC, les massacres répétés de populations civiles, les déplacements massifs des habitants, l’affaiblissement des institutions de la République, les arrestations arbitraires ainsi que les atteintes aux libertés fondamentales.
Ils évoquent également « la souffrance croissante du peuple congolais », estimant que plusieurs Congolais vivent aujourd’hui dans la misère, le chômage, l’insécurité permanente et les déplacements forcés.
Selon la coalition, alors que le pays traverse une grave crise sécuritaire et humanitaire, le régime du président Félix Tshisekedi ferait preuve « d’insouciance coupable » et « d’irresponsabilité historique ».
Les signataires accusent le pouvoir de consacrer son énergie à « un projet de coup d’État constitutionnel pour la perpétuation du règne » du chef de l’État, au lieu de mobiliser les ressources nationales pour défendre l’intégrité territoriale et restaurer l’autorité de l’État.
Les membres de la coalition dénoncent également ce qu’ils qualifient de « crise morale » et de « déliquescence de l’État ». Ils accusent le régime d’avoir instauré un système basé sur les détournements des deniers publics, la corruption généralisée, le clientélisme, le tribalisme, la prédation des ressources publiques ainsi que la restriction des libertés fondamentales.
La déclaration évoque aussi l’existence des « Forces du progrès », présentées comme une milice privée et partisane, ainsi que leur infiltration progressive dans les forces de sécurité. Les signataires dénoncent également la mise en place du Conseil National de Cyberdéfense (CNC), qu’ils qualifient de « police politique ».
Selon les opposants, le projet de changement de Constitution constituerait « un acte de rébellion contre la République et une déclaration de guerre au peuple congolais ».
Face à cette situation, la Coalition Article 64 appelle les Congolais à se mobiliser pour défendre la Constitution, la démocratie et la souveraineté nationale. Les signataires affirment vouloir rassembler « toutes les forces démocratiques, patriotiques et résistantes de la Nation » afin d’empêcher toute tentative d’instauration d’un « pouvoir personnel et à vie » en République démocratique du Congo.
La coalition affirme vouloir exploiter « pleinement, sans faiblesse ni compromission, toutes les possibilités qu’offre l’article 64 ».
Dans leur déclaration, les membres de la coalition rendent également hommage à plusieurs figures présentées comme des symboles de la lutte pour la démocratie et la défense de la Constitution. Ils citent notamment Rossy Mukendi, Thérèse Kapangala, Luc Nkulula, Hussein Ngandu, Davin Kalala et Defao Paluku, qu’ils considèrent comme des « martyrs de la liberté ».
Les signataires rappellent que la Constitution du 18 février 2006 avait été conçue pour assurer le fonctionnement harmonieux des institutions, prévenir les conflits, instaurer un État de droit, lutter contre les dérives dictatoriales, garantir la bonne gouvernance et assurer l’alternance démocratique.
Ils insistent particulièrement sur l’article 220 de la Constitution, qui rend intangibles certaines matières, notamment la forme républicaine de l’État, le pluralisme politique, l’indépendance judiciaire ainsi que le nombre et la durée des mandats présidentiels.
La coalition rappelle également que l’article 70 prévoit que le président de la République est élu pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. Les signataires citent aussi l’article 73, qui impose la convocation de l’élection présidentielle quatre-vingt-dix jours avant la fin du mandat du président en exercice.
Les opposants rappellent par ailleurs que l’article 219 interdit toute révision constitutionnelle pendant l’état de guerre, l’état d’urgence ou l’état de siège. Ils soulignent que les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri demeurent sous état de siège depuis plusieurs années.
La Coalition Article 64 rejette fermement toute proposition de loi référendaire liée à une réforme constitutionnelle. Les signataires considèrent cette initiative comme « une ruse cynique » visant à contourner les verrous constitutionnels afin de permettre un maintien au pouvoir.
Ils exigent le retrait immédiat de tout projet référendaire qu’ils jugent contraire à la Constitution et dangereux pour la stabilité du pays.
Dans leur déclaration, les membres de la coalition affirment que Félix Tshisekedi est actuellement à son « second et dernier mandat ». Ils rejettent toute possibilité de troisième mandat, de glissement électoral ou de changement de Constitution.
« Aucun prétexte sécuritaire, sanitaire ou diplomatique ne servira à prolonger le mandat présidentiel », préviennent-ils.
Les signataires estiment qu’à l’expiration de son mandat ou dès « l’enclenchement du putsch constitutionnel », le chef de l’État « perdra tout droit d’engager la République ».
La coalition appelle enfin les Congolais à « choisir la liberté contre l’esclavage, la démocratie contre la dictature et la dignité contre l’humiliation ».
Les membres de la Coalition Article 64 invitent également la population à rester « en état d’alerte et de mobilisation permanente » afin de soutenir toutes les actions pacifiques et démocratiques engagées pour défendre la Constitution et l’alternance démocratique.
Dans leur déclaration, les signataires annoncent aussi le lancement d’un « compte à rebours démocratique », affirmant qu’il resterait « 852 jours avant la convocation constitutionnelle de l’élection présidentielle de 2028 ».
Ils avertissent que toute programmation d’une proposition de loi référendaire à l’Assemblée nationale sera considérée comme « une déclaration de guerre » contre l’ordre constitutionnel.
