Dans son atelier niché au cœur du quartier Kyeshero, à Goma, le bruit discret des aiguilles et le mouvement des mèches de cheveux rythment le quotidien de Consolatrice Kabekatyo. Étudiante en comptabilité à l’Institut Supérieur de Commerce de Goma, la jeune femme partage son temps entre les cours et la confection de perruques. Un pari audacieux dans une ville où les produits importés dominent souvent le marché de la beauté.

Pour cette étudiante entrepreneure, la perruquerie n’est pas un simple hobby. C’est un projet économique mûrement réfléchi, né de l’envie de proposer aux femmes de Goma des alternatives locales et accessibles. Entre les cahiers de comptabilité et les mèches synthétiques ou naturelles, Consolatrice construit patiemment une activité qui allie passion, pragmatisme et ambition.

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Dans l’effervescence du quartier Kyeshero, elle incarne une génération d’étudiantes congolaises qui refusent d’attendre la fin de leurs études pour se lancer dans l’entrepreneuriat. Tandis que certains de ses camarades se concentrent exclusivement sur leurs études, elle mène de front ses cours et la gestion de sa petite entreprise artisanale.

Pour elle, la beauté n’est pas une futilité, mais un secteur économique à part entière dans lequel les femmes peuvent créer de la valeur et conquérir leur autonomie financière.

Ce qui distingue Consolatrice Kabekatyo dans son activité, c’est l’approche méthodique qu’elle applique à son travail. Sa formation en comptabilité influence directement la gestion de son atelier.

« Mes études en comptabilité m’aident beaucoup dans la gestion de mon activité. Elles me permettent de bien gérer mes coûts de production et de suivre mes recettes pour comprendre la rentabilité de mon projet », explique-t-elle avec assurance.

Cette rigueur lui permet d’identifier un besoin précis dans la ville de Goma : celui de rendre la perruque accessible à toutes les femmes, y compris celles disposant de moyens limités.

« J’ai remarqué que toutes les femmes n’ont pas les mêmes moyens. J’ai donc décidé d’offrir des perruques de qualité tout en créant une opportunité économique pour moi », confie-t-elle.

Dans un marché souvent dominé par des produits importés et coûteux, la jeune entrepreneure mise ainsi sur une production locale adaptée aux réalités économiques de ses clientes.

Pour Consolatrice, une perruque bien confectionnée ne se limite pas à un simple accessoire de mode. Elle y voit un outil capable de renforcer la confiance en soi.

« Je crois que la beauté et l’apparence contribuent à renforcer la confiance en soi. Quand une femme se sent belle, cela influence positivement son estime personnelle et sa manière de se présenter dans la société », souligne la jeune entrepreneure.

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Dans son atelier, chaque création représente donc bien plus qu’un produit commercial. C’est aussi une manière de contribuer au bien-être et à l’affirmation personnelle de ses clientes.

Mais entreprendre à Goma n’est pas sans difficultés. Consolatrice doit composer avec plusieurs obstacles, notamment l’approvisionnement en mèches de qualité et les coupures d’électricité qui ralentissent parfois sa production.

Malgré ces contraintes, elle refuse d’abandonner. Au contraire, elle a déjà commencé à transmettre son savoir-faire à d’autres jeunes filles, convaincue que la formation peut devenir un puissant levier d’autonomisation collective.

Le contexte sécuritaire et économique ajoute également une couche de complexité à son activité. En mars 2026, la situation instable dans certaines zones périphériques de la ville pèse sur le climat des affaires.

Les conséquences sont immédiates pour de nombreux entrepreneurs : perturbation des circuits d’approvisionnement, hausse des coûts de transport et diminution du pouvoir d’achat des clients.

« Comme beaucoup d’entrepreneurs en RDC, je fais face à plusieurs défis. L’instabilité impacte les prix et l’accès au matériel, mais cela nous pousse à être plus créatifs pour fidéliser nos clientes malgré la crise », explique-t-elle.

Dans ce contexte difficile, chaque perruque vendue représente pour elle une petite victoire contre la paralysie économique qui menace la région.

Au-delà de son atelier actuel, Consolatrice Kabekatyo nourrit des ambitions plus larges. D’ici cinq ans, elle espère faire de son nom une référence régionale dans le domaine de la perruquerie.

Mais son projet le plus cher dépasse la réussite individuelle. Elle rêve de créer une académie dédiée à la formation des jeunes femmes.

« Mon ambition est de créer un jour une académie de formation en perruquerie pour transmettre ce savoir-faire et aider d’autres jeunes femmes à entreprendre afin de réduire le taux de chômage », affirme-t-elle.

Dans cette perspective, elle interpelle également les autorités sur la nécessité de faciliter l’accès au financement pour les femmes entrepreneures.

Avant de conclure, elle adresse un message d’encouragement aux jeunes filles qui hésitent encore à se lancer.

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« Je dirais aux jeunes filles de croire en elles et en leurs talents. Même si le début peut être difficile, la persévérance permet d’atteindre ses objectifs. N’ayez pas peur de commencer petit ; l’essentiel est d’oser, car chaque talent caché est une opportunité de transformer sa vie et sa communauté. »

Entre les cours magistraux de l’Institut Supérieur de Commerce de Goma et son atelier de perruquerie, Consolatrice Kabekatyo prouve qu’avec de la détermination, l’entrepreneuriat peut devenir un véritable moteur d’émancipation pour la jeunesse féminine de Goma.

Joseph Aciza

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