L’Alliance Fleuve Congo-Mouvement du 23 mars (AFC-M23) a accusé jeudi le gouvernement congolais de violer à plusieurs reprises le cessez-le-feu conclu dans le cadre des pourparlers de Doha. Dans une communication lue à Goma, son coordonnateur politique, Corneille Nangaa Yobeluo, a dénoncé une détérioration sécuritaire et humanitaire dans les Hauts-Plateaux de Fizi, au Sud-Kivu, tout en mettant en garde contre ce qu’il qualifie de « posture militariste » du régime de Kinshasa.

S’exprimant devant la presse, Corneille Nangaa a déclaré que son mouvement souhaitait « porter la voix » des populations touchées par les violences dans l’Est de la République démocratique du Congo. Il a également évoqué l’insécurité persistante et l’épidémie d’Ebola qui sévit notamment en Ituri ainsi que dans les territoires de Beni et Lubero.

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Le coordonnateur politique de l’AFC-M23 a particulièrement attiré l’attention sur la situation à Minembwe et dans les Hauts-Plateaux de Fizi, qu’il estime être confrontés depuis plus de quatorze mois à un blocus ayant entraîné des difficultés d’accès aux biens essentiels.

Selon lui, plusieurs axes routiers seraient coupés, compliquant l’acheminement de l’aide humanitaire et paralysant certains services essentiels. Il affirme que les populations manquent de nourriture, de médicaments et de produits de première nécessité, tandis que les évacuations sanitaires seraient devenues particulièrement difficiles.

Corneille Nangaa a également dénoncé une intensification des affrontements et des bombardements dans cette partie du Sud-Kivu.

Dans sa communication, l’AFC-M23 a cité plusieurs incidents survenus au cours du mois de juin 2026. Le mouvement affirme qu’une embuscade sur l’axe Mikenke-Kamombo, le 4 juin, aurait coûté la vie à plusieurs civils banyamulenge revenant du marché de Murambya vers Minembwe.

Il soutient également que dans la nuit du 6 au 7 juin, les villages d’Ilundu, Nkonkwe, Bidegu et Gasenyi, situés dans les secteurs d’Itombwe et de Lulenge, auraient été visés par des frappes de drones, causant la mort de plusieurs civils, dont des femmes, des enfants et des personnes âgées.

L’AFC-M23 affirme en outre que de nouveaux bombardements ont été enregistrés le 17 juin, provoquant des pertes humaines ainsi que des dégâts sur des infrastructures sanitaires et scolaires. Selon le mouvement, des affrontements étaient encore signalés jeudi matin dans plusieurs localités des Hauts-Plateaux.

L’AFC-M23 critique les propos de Félix Tshisekedi

Le mouvement rebelle a également réagi aux déclarations du président Félix Tshisekedi prononcées à Houston, aux États-Unis. Corneille Nangaa accuse le chef de l’État d’avoir tenu des propos contraires à l’esprit du cessez-le-feu alors qu’un processus de négociation est en cours sous médiation internationale.

Selon l’AFC-M23, Félix Tshisekedi aurait affirmé que les Forces armées de la RDC étaient en train de « vaincre l’ennemi » et auraient pour objectif de reprendre les villes de Goma et de Bukavu. Le mouvement considère ces déclarations comme une remise en cause du processus de paix engagé à Doha.

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L’AFC-M23 affirme qu’elle se réserve le droit de se défendre face à ce qu’elle considère comme des menaces militaires ouvertes.

Corneille Nangaa a également déploré ce qu’il qualifie de « silence » des médiateurs et des partenaires impliqués dans le processus de paix. Il estime que les missions diplomatiques, les agences internationales et les organisations de défense des droits humains disposent d’informations suffisantes sur la dégradation de la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est du pays.

Le mouvement appelle la communauté internationale à intervenir pour éviter, selon ses termes, une catastrophe humanitaire de plus grande ampleur.

L’AFC-M23 rappelle plusieurs mesures de confiance

Dans sa communication, l’AFC-M23 a également rappelé plusieurs initiatives qu’elle présente comme des gestes de bonne volonté dans le cadre du processus de paix.

Le mouvement affirme avoir facilité le rapatriement de 288 mercenaires européens via le Rwanda le 28 janvier 2025, le transfert au Rwanda du général FDLR Ézéchiel Gakwerere et de treize combattants le 1er mars 2025, la libération des contingents de la SAMIDRC du Malawi, de l’Afrique du Sud et de la Tanzanie le 28 mars 2025, le transfert sécurisé vers Kinshasa de 1.382 combattants de la coalition gouvernementale et de leurs dépendants entre le 30 avril et le 15 mai 2025.

L’AFC-M23 affirme rester disposée à libérer les prisonniers de guerre encore détenus, tout en accusant Kinshasa de ne pas vouloir récupérer ses hommes.

Le mouvement indique également avoir procédé au retrait de ses forces de plusieurs localités, notamment Walikale-Centre en avril 2025, Uvira en janvier 2026, Kipese en mars 2026 ainsi que Kabunambo, Sange, Mutarule, Luberizi, Luvungi et Bwegera en mai 2026.

L’AFC-M23 réaffirme sa volonté de poursuivre sa lutte

Enfin, Corneille Nangaa a réaffirmé que l’AFC-M23 se considère engagée dans une « révolution constitutionnelle » visant, selon lui, à « sauver la nation ». Il a estimé que la recherche de la paix par le dialogue ne pouvait être illimitée et a exprimé sa solidarité avec les populations civiles affectées par les conflits dans l’Est du pays, en particulier la communauté tutsi banyamulenge.

Cette communication intervient dans un contexte marqué par la poursuite des négociations entre Kinshasa et l’AFC-M23 sous médiation qatarie, alors que les accusations de violations du cessez-le-feu se multiplient de part et d’autre. Elle arrive alors que les Forces Armées de la République démocratique du Congo ont annoncé avoir repris Minembwe-Centre après des rudes affrontements avec l’AFC-M23 et ses soutiens dans les régions de Fizi et Itombwe.

Jean-Luc M.

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