L’évêque du diocèse de Butembo-Beni, Mgr. Melchisédech Sikuli Paluku, a lancé un vibrant appel aux autorités congolaises pour qu’elles placent la restauration de la paix et de la sécurité au cœur de leurs priorités, face à la dégradation persistante de la situation sécuritaire dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.
Dans un message de compassion, d’interpellation et d’exhortation publié le 3 juin 2026 sous le thème « Nous voulons d’abord la paix », le prélat catholique dénonce l’insécurité qui continue de faire des victimes dans son diocèse et critique l’attention accordée au débat sur un éventuel changement de la Constitution alors que les populations vivent sous la menace permanente des groupes armés.
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Une population prise en étau entre l’AFC-M23 et les ADF
Mgr. Sikuli rappelle que la partie sud du diocèse de Butembo-Beni reste sous occupation étrangère avec, selon lui, la complicité de l’AFC-M23, tandis que la zone nord continue de subir les attaques meurtrières attribuées aux rebelles ADF-Nalu.
Il évoque notamment l’incursion survenue dans la nuit du 30 au 31 mai 2026 dans la ville de Beni, où 21 personnes ont été tuées à l’arme blanche. Quelques jours plus tard, dans la nuit du 2 au 3 juin, seize autres civils ont perdu la vie lors d’une attaque à Mbau, localité située à environ 22 kilomètres de Beni.
L’évêque rappelle également les récentes attaques enregistrées dans les localités de Biakato et Makumo sur l’axe Beni-Mambasa, ainsi que l’assassinat de trois policiers le 25 mai dernier à Kirima, en territoire de Lubero, sur l’axe Butembo-Manguredjipa.
Face à ces drames, il présente ses condoléances aux familles endeuillées et leur assure de la proximité spirituelle de l’Église.
Une crise multidimensionnelle
Au-delà des massacres, le responsable catholique déplore la montée du banditisme urbain et périurbain dans les villes de Butembo et Beni, l’instabilité persistante dans les zones rurales ainsi que les dysfonctionnements observés dans les secteurs de l’éducation et de la santé.
Il souligne également les difficultés auxquelles sont confrontés les agriculteurs et les éleveurs, dont les activités sont fortement perturbées par l’insécurité.
À cette situation déjà préoccupante s’ajoute l’épidémie d’Ebola causée par la souche Bundibugyo, qui vient davantage fragiliser les populations.
« Tout cela devrait interpeller », insiste-t-il.
« La priorité des dirigeants semble être ailleurs »
Dans son message, Mgr Sikuli exprime son incompréhension face à ce qu’il considère comme un décalage entre les préoccupations de la population et celles des responsables politiques.
Selon lui, alors qu’une partie du territoire national demeure sous occupation étrangère et que les massacres se poursuivent dans l’Est du pays, les institutions congolaises concentrent leurs efforts sur le processus de changement de la Constitution.
« Il serait plus utile et urgent de se pencher sur la recherche de réponses adéquates aux attentes profondes de la population », estime-t-il.
Pour l’évêque, la paix, la justice, la souveraineté et l’intégrité territoriale devraient constituer les véritables priorités nationales.
Des appels adressés aux autorités et à la population
S’adressant directement au Président de la République, Mgr Sikuli l’exhorte à faire de la restauration de la paix sur l’ensemble du territoire national sa priorité absolue, rappelant que le pouvoir doit avant tout être exercé au service du peuple.
Aux députés et sénateurs, il demande de ne pas devenir complices des souffrances de leurs concitoyens.
« La politique du ventre et de la peur est indigne d’un homme d’État », affirme-t-il.
Le prélat invite également les forces de défense et de sécurité à renforcer leur efficacité dans la protection des personnes, des biens et de l’intégrité territoriale du pays.
Quant au peuple congolais, il l’appelle à garder une conscience morale éveillée et à ne pas céder aux manipulations politiques.
« Ce n’est pas le changement de la Constitution qui arrêtera les massacres dont nous sommes victimes. Ce n’est pas non plus un référendum qui améliorera automatiquement nos conditions sociales de vie », avertit-il.
« Nous voulons d’abord la paix »
Enfin, l’évêque de Butembo-Beni réaffirme que la paix, la justice, la dignité humaine et la réconciliation doivent constituer les fondements de toute action publique en République démocratique du Congo.
Tout en renouvelant sa compassion envers les victimes des violences dans le diocèse de Butembo-Beni et ailleurs, il appelle les autorités à placer la question sécuritaire au centre de leurs préoccupations afin de mettre un terme au cycle des massacres et des atrocités qui endeuille l’Est du pays.
« La population congolaise a le droit non seulement de vivre, mais de vivre dans la paix, la dignité, la justice et la réconciliation », conclut Mgr Melchisédech Sikuli Paluku dans son message publié à Butembo à l’occasion de la mémoire de Saint Charles Lwanga et ses compagnons, martyrs de l’Ouganda.
Jean-Luc M.
