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    Des cas de justice populaire sont devenus récurrents dans la ville de Bukavu et au Sud-Kivu. C’est  en tout cas chaque semaine qu’on alerte désormais de la présence de corps sans vie des présumés bandits dans plusieurs quartiers de la ville de Bukavu. Certaines personnes parmi les victimes de la justice populaire sont accusées de sorcellerie par des habitants qui ne croient plus du tout au travail de la justice.

    Le dernier cas en date est celui enregistré hier mardi 6 Février 2024 sur avenue route d’Uvira 2. Sur place, un présumé voleur a été tué par  des habitants en colère. Celui-ci serait pris mains dans le sac en pleine opération de vol avec ses collaborateurs qui ont pris fuite. Peu avant ce cas, un autre jeune avait été lynché et son corps sans vie retrouvé le 18 janvier dernier vers l’athénée d’Ibanda. Ce jeune serait aussi tué par des habitants en colère. La même situation a été observée avec la mort d’une autre personne à Fizi au sud du Sud-Kivu.

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    Mais pourquoi des habitants se rendent-ils justice alors que chaque personne a droit d’être entendue par la justice ?

    Nous avons rencontré Me Néné Bintu avocate au barreau du Sud-Kivu pour comprendre cette question.

    Pour Me Néné Bintu, ce fait social a beaucoup de causes. La première est le retard observé dans le jugement des personnes déférées devant la justice.

    « La première cause est que souvent notre justice tarde à condamne les personnes qui sont présumées avoir commis des infractions, les procès trainent et il y a même des personnes qui sont présumées avoir commis des infractions graves comme le  meurtre, le viol et qu’on retrouve dehors après quelque temps d’emprisonnement. Soit qu’ils ont bénéficié de la liberté provisoire soit que peut-être, elles ont été acquittées et cela fait à ce que la population aussi, qui n’est pas suffisamment informée des droits et devoirs des uns aux autres, du fonctionnement de la justice pense qu’il y a eu corruption, pense qu’il y a eu injustice et décide de se rendre justice », dit-elle d’emblée.

    Des habitants ont également un réel problème de connaissance des lois de la République et des droits des uns et des autres.

    « La deuxième cause c’est l’ignorance des droits parce que les gens lorsqu’ils attrapent quelqu’un en flagrant délit, ils pensent qu’ils peuvent se rendre justice. Ils le tuent, ils le lynchent alors que c’est une violation de la loi. L’ignorance des textes de lois est une autre cause ».

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    Les principaux auteurs des actes de justice populaire sont les jeunes. Ces jeunes sont ceux qui sont en première ligne pour trouver de l’essence qui brûle des accusé.es ou les premiers à jeter des pierres sur les présumés coupables.

     « Il y a le problème-là de banditisme urbain qui est provoqué par une délinquance juvénile. Les jeunes s’adonnent à suivre la télévision, des films de violence et ce sont des films qui sont beaucoup plus suivis par les jeunes et par imitation, ils veulent  suivre ça. Ils veulent appliquer ce qu’ils ont suivi à la télévision. La quatrième raison c’est la prise de boissons fortement alcoolisées,  parce que quand les jeunes ont bu, quand ils s’enivrent, ils ont pris des boissons ou des drogues, ils ne savent plus se contrôler et c’est le moment de poser des actes de vandalisme et se rendre justice eux-mêmes », regrette Néné Bintu.

    Me Néné Bintu recommande la promulgation de l’édit portant interdiction de la justice populaire dans la province du Sud-Kivu mais aussi d’appliquer la loi pénale dans toute sa rigueur.

    Elle appelle aussi les juges au niveau des tribunaux de traiter avec diligence les cas de justice populaire ainsi que d’autres cas pour que la population renouvelle sa confiance en la justice.

    En attendant, ces actes cruels se multiplient et les instances judiciaires ont également du mal à organiser des procès exemplaires pour punir les coupables.

    Claudine Kitumaini

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