À une semaine de la rentrée académique 2026-2027 annoncée par l’Alliance Fleuve Congo-Mouvement du 23 mars (AFC-M23), les inscriptions restent très faibles dans six établissements publics d’enseignement supérieur et universitaire de Bukavu, au Sud-Kivu, suspendus par le ministère de l’Enseignement supérieur, universitaire, recherche scientifique et innovations (ESURSI). L’absence de calendrier officiel pour les concours d’admission et les difficultés d’obtention des relevés de cotes alimentent les inquiétudes des étudiants et des parents.
Le constat effectué par un reporter de La Prunelle RDC à l’Institut Supérieur des Techniques Médicales (ISTM-Bukavu), à l’Institut supérieur Pédagogique (ISP-Bukavu), à l’Université Officielle de Bukavu (UOB), à l’Institut Supérieur de Commerce (ISC), à l’Institut Supérieur de Développement Rural (ISDR) et à l’Institut Supérieur des Arts et Métiers (ISAM-Bukavu), ainsi que les témoignages de sources administratives et estudiantines, fait état d’une faible affluence des nouveaux étudiants et des anciens diplômés venus s’inscrire.
Dans l’une des grandes universités par exemple, plus ou moins de 120 étudiants ont été inscrits au cours de cette période.
Selon ces sources, certains établissements pourraient passer plusieurs jours, voire des semaines, sans enregistrer de nouveaux candidats. L’intégration des nouveaux étudiants, habituellement organisée environ deux semaines avant la rentrée, n’aurait pas non plus commencé.
Cette situation contraste avec celle de l’Université catholique de Bukavu, un établissement privé qui a organisé ses concours d’admission le jeudi 8 octobre. Dans les six institutions publiques concernées par la suspension, aucune date officielle n’a encore été annoncée pour cette étape.
Des parents se tournent vers les établissements privés et d’autres provinces
Certains anciens étudiants estiment que plusieurs parents respectent la décision du ministère de tutelle et préfèrent désormais inscrire leurs enfants dans des établissements privés ou dans des institutions situées dans d’autres provinces, voire à l’étranger.
La crainte de suivre un cursus au terme duquel les diplômes ne seraient pas homologués par le ministère figure parmi les préoccupations évoquées pour expliquer ces choix.
De son côté, l’AFC-M23 assure que la rentrée académique aura lieu à Goma et à Bukavu. Le groupe politico-militaire mobiliserait déjà des étudiants et des enseignants en prévision de la reprise des activités, fixée au 15 octobre prochain.
Jeudi 8 octobre, certains étudiants de l’UOB ont participé à une rencontre animée par cette coalition. Au cours de cette réunion, ils auraient été informés de la poursuite des activités académiques et para-académiques au sein de leur établissement ainsi que dans d’autres institutions de la ville concernées par la suspension.
Toutefois, cette assurance ne dissipe pas les interrogations de nombreux parents et acteurs du secteur éducatif : avec quels étudiants la rentrée pourra-t-elle effectivement se dérouler si les inscriptions restent faibles et si certains candidats déjà inscrits avant la décision ministérielle se réorientent vers d’autres établissements ?
Le paiement des enseignants et les relevés de cotes en question
La situation des enseignants constitue une autre source d’incertitude. Des étudiants s’interrogent sur la volonté des enseignants repris sur les listes de paie de Kinshasa de poursuivre les cours, alors que 48 agents ont été touchés par la décision ministérielle de suspension de paiement de leurs salaires.
Des responsables de l’AFC-M23 affirment, pour leur part, qu’ils prendront en charge la rémunération de ces 48 agents. Ils indiquent également qu’une démarche sera engagée auprès des organisations œuvrant dans le secteur de l’éducation afin de rechercher des solutions concernant la question des diplômes.
Parallèlement, des sources estudiantines rapportent que des comités de gestion de plusieurs établissements suspendus refusent de délivrer les relevés de cotes à certains étudiants. Ces derniers se retrouveraient ainsi dans l’impossibilité de récupérer des documents indispensables pour poursuivre leur parcours dans d’autres institutions.
Entre la faible affluence aux inscriptions, les incertitudes sur la reconnaissance des diplômes, les interrogations concernant le paiement des enseignants et les difficultés d’obtention des relevés de cotes, la rentrée académique 2026-2027 demeure incertaine à Bukavu et à Goma dans les établissements publics concernés par la suspension ministérielle.
Les parents doivent, dans le même temps, rechercher les moyens financiers nécessaires pour permettre à leurs enfants de poursuivre leurs études dans d’autres provinces ou à l’étranger, tandis que des acteurs sociaux s’interrogent sur les conséquences de cette décision pour l’avenir académique des étudiants.
