À quelques jours de la rentrée académique 2026-2027, l’incertitude persiste à Goma, au Nord-Kivu, et à Bukavu, au Sud-Kivu, où les activités académiques restent suspendues dans onze établissements publics d’enseignement supérieur. Enseignants, étudiants et bailleurs figurent parmi les principales catégories directement affectées par cette situation.

    Plus de 2.100 enseignants et chercheurs des universités et instituts supérieurs de Goma et Bukavu ont, à ce jour, signé une pétition réclamant la reprise des activités académiques dans ces établissements.

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    La pétition a été initiée quelques semaines après la décision du ministère de l’Enseignement supérieur, universitaire, de la Recherche scientifique et des Innovations (ESURSI) de suspendre, jusqu’à nouvel ordre, les activités académiques et para-académiques dans onze établissements publics des deux villes. L’arrêté ministériel du 20 août 2026 concerne notamment les inscriptions, réinscriptions, enseignements, évaluations et délibérations de l’année académique 2026-2027.

    À Goma, les établissements concernés sont l’Université de Goma (UNIGOM), l’Institut supérieur de commerce (ISC-Goma), l’Institut supérieur des techniques médicales (ISTM-Goma), l’Institut supérieur des techniques appliquées (ISTA-Goma) et l’Institut supérieur pédagogique (ISP-Goma).

    À Bukavu, la mesure concerne l’Université officielle de Bukavu (UOB), l’ISC-Bukavu, l’ISTM-Bukavu, l’ISP-Bukavu, l’Institut supérieur de développement rural (ISDR-Bukavu) et l’Institut supérieur des arts et métiers (ISAM-Bukavu).

    Des nominations à l’origine de la crise

    Cette décision du gouvernement central est intervenue après la nomination de membres de comités de gestion dans certains de ces établissements par l’AFC-M23, initiatives que Kinshasa a rejetées. Le ministère a justifié la suspension par la situation sécuritaire dans les deux villes et par la nécessité de préserver la régularité des cursus, la valeur des diplômes ainsi que la sécurité des étudiants et du personnel.

    Parallèlement, le ministère a ordonné la suspension du paiement des rémunérations de 48 membres du personnel accusés d’avoir rejoint l’AFC-M23, de lui avoir prêté allégeance ou d’avoir accepté d’exercer des fonctions sous son autorité. Une procédure de révocation a également été engagée à leur encontre.

    De leur côté, certains responsables de l’AFC-M23 ont affirmé leur intention de prendre en charge le paiement des rémunérations des professeurs, chefs de travaux et assistants concernés.

    Les enseignants réclament la reprise des activités

    Alors que les préparatifs de la nouvelle année académique se poursuivent dans plusieurs provinces du pays, le collectif des enseignants et chercheurs de Goma et Bukavu dit craindre une année blanche dans les établissements concernés.

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    L’AFC-M23 avait annoncé une rentrée académique pour le 15 octobre prochain, mais cette perspective reste contestée par le collectif, compte tenu de la suspension décidée par le gouvernement central.

    Pour faire entendre leur voix, les enseignants et chercheurs ont lancé une pétition en ligne sous le slogan :

    « Non à une année blanche. Oui à une rentrée légale, unifiée et sécurisée. »

    Les pétitionnaires affirment que les conséquences de la suspension dépassent les seuls établissements publics, estimant que les établissements privés sont également affectés par la situation et que les diplômes des étudiants pourraient être confrontés à des problèmes de reconnaissance.

    « Les établissements privés sont aussi concernés, les diplômes de nos étudiants risquent la nullité, et plus de 90 % des parents n’ont pas les moyens de les envoyer étudier ailleurs », déclarent-ils.

    Ils exigent, d’une part, le retrait des actes de nomination émis par l’AFC-M23 qu’ils considèrent comme à l’origine de la crise et, d’autre part, la levée par le gouvernement central de la mesure de suspension des activités académiques à Goma et Bukavu.

    La pétition devrait être officiellement transmise dans les prochains jours.

    Les étudiants entre incertitude et interrogations

    Les étudiants figurent parmi les premières personnes directement touchées par cette situation. Beaucoup s’interrogent sur la poursuite de leurs études dans les établissements concernés et sur la reconnaissance de leurs diplômes en cas de poursuite des activités sans l’autorisation du gouvernement central.

    Le ministère avait, de son côté, invité les étudiants concernés à poursuivre leurs études dans des établissements situés dans les zones non affectées. Une disposition particulière permet également aux finalistes de l’année académique 2025-2026 dont le cursus n’a pas été achevé de poursuivre les activités nécessaires à la finalisation de leur parcours dans des établissements légalement établis.

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    Selon des informations recueillies par La Prunelle RDC, certains étudiants auraient déjà quitté Goma et Bukavu pour tenter de poursuivre leur formation ailleurs, tandis que d’autres attendraient la clôture de leur année académique avant de partir.

    Mais le transfert n’est pas sans difficultés.

    Des sources estudiantines, s’exprimant sous anonymat, indiquent que certains comités de gestion tarderaient à remettre les relevés de notes nécessaires aux étudiants souhaitant s’inscrire dans d’autres établissements.

    « Plusieurs de mes camarades sont partis à Kinshasa mais sans aucun document. Je me demande comment ils seront inscrits. C’est le comité de gestion qui met beaucoup de temps ou refuse de nous donner les relevés », témoigne un étudiant de quatrième année de doctorat à l’Université officielle de Bukavu.

    Les bailleurs également affectés

    La crise touche également les propriétaires de logements étudiants.

    À Karhale et au quartier Nkafu, dans la commune de Kadutu à Bukavu, deux zones qui hébergent de nombreux étudiants, certains logements commenceraient à se vider progressivement.

    Des étudiants qui avaient déjà payé la totalité de leur loyer auraient quitté les lieux, tandis que d’autres ne prévoiraient pas de renouveler leur contrat de location pour la prochaine année académique.

    Cette situation pourrait avoir des conséquences financières pour les bailleurs, pour lesquels la location aux étudiants constitue une source importante de revenus. Une baisse du nombre de locataires étudiants pourrait ainsi entraîner une diminution de leurs recettes.

    Par ailleurs, certaines institutions d’enseignement supérieur et universitaire refuseraient, dans certaines filières, d’inscrire des étudiants provenant des établissements suspendus au niveau des années terminales, en raison notamment du nombre important de finalistes.

    Les parents dans l’attente d’une solution

    Les parents espèrent, pour leur part, une issue avant le début de la nouvelle année académique. Malgré la dégradation des conditions socio-économiques dans plusieurs ménages, beaucoup avaient déjà engagé des dépenses importantes pour assurer la formation de leurs enfants.

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    Entre la pétition du collectif des enseignants et chercheurs, les annonces des responsables de l’AFC-M23 et la décision du gouvernement central, la rentrée académique 2026-2027 demeure incertaine à Goma et Bukavu.

    Dans plusieurs établissements concernés, l’engouement pour les inscriptions des nouveaux étudiants reste faible, tandis que les différents acteurs du secteur attendent une clarification permettant de déterminer les conditions dans lesquelles l’année académique pourra effectivement se dérouler.

    Séraphin Mapenzi

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