Face à la multiplication des incendies à Bukavu, le coordonnateur de l’organisation AFEDEM, Christian Zihindula, estime que le phénomène doit être traité comme un risque urbain systémique et non comme un simple problème de moyens des sapeurs-pompiers. Il propose une stratégie combinant prévention communautaire, renforcement des capacités d’intervention et réformes urbaines.

Selon lui, une étude consacrée aux incendies domestiques à Bukavu identifie plusieurs causes directes, notamment les braseros, les installations électriques, les cuisinières, les réserves d’hydrocarbures et les téléphones en charge. Ces risques sont, d’après son analyse, aggravés par la mauvaise urbanisation, la promiscuité des habitations et l’utilisation de matériaux inflammables.

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Plus récemment, en août 2026, la Société civile du Sud-Kivu a également pointé parmi les facteurs récurrents la mauvaise urbanisation, les branchements frauduleux, les installations électriques défectueuses, les imprudences domestiques et le stockage de produits inflammables.

Urbanisation et électricité parmi les principaux facteurs

Christian Zihindula cite notamment les constructions anarchiques, le morcellement excessif des parcelles, la proximité des habitations, l’occupation des servitudes et des voies d’accès ainsi que la construction sur des sites difficiles d’accès.

La topographie montagneuse de Bukavu complique également l’intervention des secours. L’insuffisance d’espaces libres pouvant servir de zones coupe-feu favoriserait par ailleurs la propagation rapide des flammes d’une habitation à l’autre.

Sur le plan électrique, les branchements frauduleux, les surcharges, les câblages défectueux ou artisanaux, mais aussi les installations inadéquates de panneaux solaires, batteries et inverseurs sont cités parmi les risques. L’absence de contrôle périodique des installations constitue également un facteur de vulnérabilité.

À ces risques s’ajoutent les causes domestiques, notamment les braseros mal éteints ou laissés sans surveillance, les cuisinières, les bougies et autres sources de flammes, ainsi que la manipulation imprudente des combustibles.

Le stockage du carburant dans les habitations et l’entreposage inadéquat d’essence, de pétrole, de solvants ou d’autres produits inflammables constituent également des facteurs de risque, particulièrement lorsque des activités commerciales présentant un danger sont installées au milieu des habitations.

« Chaque maison doit pouvoir combattre un début d’incendie »

Pour Christian Zihindula, Bukavu ne peut toutefois pas attendre une résolution complète des problèmes d’urbanisation avant d’agir.

Il préconise donc des mesures immédiates destinées à permettre aux habitants de maîtriser un incendie dès ses premières minutes.

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Parmi ses propositions figure une campagne autour du principe « Un extincteur dans chaque maison, chaque commerce et chaque institution ». Il recommande également de former les populations à leur utilisation, d’installer des extincteurs dans les marchés, écoles, églises, hôtels, restaurants, ateliers et bâtiments publics et de constituer des équipes communautaires de première intervention.

Il propose aussi la mise en place d’un numéro d’alerte clairement connu de la population, l’organisation régulière d’exercices d’évacuation et de simulations d’incendie ainsi que la formation de volontaires dans les quartiers.

Selon lui, une expérience similaire avait été menée à Goma avec la formation d’instructeurs communautaires et la mise à disposition de moyens portables de première intervention.

Il rappelle également que la MONUSCO avait soutenu Bukavu avec du matériel incendie et prévu la formation d’auxiliaires communautaires capables d’intervenir rapidement avant l’arrivée des professionnels.

Réduire le coût des équipements anti-incendie

Le coordonnateur d’AFEDEM propose par ailleurs une réflexion sur le prix des équipements de lutte contre les incendies.

Il estime qu’une exonération ou une réduction des droits et taxes à l’importation des extincteurs et autres équipements homologués pourrait contribuer à les rendre plus accessibles.

Cette mesure pourrait favoriser l’importation à moindre coût, la constitution de stocks par les opérateurs ainsi que la distribution subventionnée ou à prix social dans les quartiers présentant les risques les plus élevés.

Christian Zihindula insiste toutefois sur la nécessité d’un contrôle de qualité, afin d’éviter la commercialisation d’extincteurs contrefaits ou inefficaces.

Agir aussi sur l’urbanisme

À plus long terme, il propose la mise en place d’un programme spécial de sécurisation urbaine de Bukavu contre les incendies.

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Celui-ci devrait notamment comprendre un audit des quartiers les plus exposés, une cartographie des zones à très haut risque, un contrôle plus strict des permis de construire et l’arrêt des nouveaux morcellements dangereux.

Il recommande également la récupération progressive des servitudes et des voies d’accès obstruées, la création de couloirs permettant aux secours d’atteindre les quartiers difficiles d’accès, l’interdiction de nouvelles constructions sur les sites impropres et la réorganisation progressive des zones caractérisées par une forte promiscuité.

La création de zones tampons et d’espaces coupe-feu pourrait également être envisagée lorsque les conditions techniques le permettent.

Renforcer les pompiers et les moyens d’intervention

La stratégie proposée prévoit aussi le renforcement des capacités de la Protection civile et des services d’intervention.

Christian Zihindula recommande notamment davantage de véhicules anti-incendie, des motopompes, des réserves d’eau et des points d’eau stratégiques, ainsi que la libération des espaces prévus pour les bornes anti-incendie.

Il préconise également l’équipement des équipes en matériel de protection individuelle, l’installation de moyens de première intervention dans les quartiers difficiles d’accès, la création de brigades communautaires anti-incendie et l’identification de points de rassemblement pour les évacuations.

Des comités communautaires dans les quartiers

Compte tenu de la configuration de Bukavu, le premier intervenant face à un incendie peut souvent être un voisin avant l’arrivée des services professionnels, estime-t-il.

Il propose donc la création, quartier par quartier, de comités communautaires de prévention et de réponse aux incendies regroupant notamment les chefs de quartier, la Protection civile, les jeunes, les femmes, les responsables religieux, les écoles, les commerçants et des volontaires formés.

Chaque comité pourrait disposer d’un stock limité d’extincteurs, de matériel de première intervention et d’un système d’alerte rapide.

Une stratégie en trois étapes

La proposition est organisée autour de trois niveaux d’intervention.

À court terme, de zéro à six mois, il s’agit notamment de rendre les extincteurs accessibles, de former et sensibiliser la population, de contrôler les installations électriques dangereuses, de contrôler le stockage domestique des hydrocarbures, d’identifier les quartiers prioritaires et de former des relais communautaires.

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À moyen terme, de six à 24 mois, les priorités seraient le renforcement des services de lutte contre les incendies, la création de points d’eau, l’ouverture de couloirs d’accès, la cartographie des risques, les exercices de simulation, la création de brigades communautaires et le contrôle des bâtiments recevant du public.

À long terme, sur deux à cinq ans, la stratégie devrait porter sur la révision du plan d’urbanisme, la maîtrise du morcellement parcellaire, la requalification des quartiers à très forte densité, l’ouverture progressive des voies de secours et, lorsque cela est nécessaire, la relocalisation des constructions situées dans des zones dangereuses.

L’application effective des normes de construction et de sécurité incendie figure également parmi les priorités proposées.

Vers un plan d’urgence provincial

Pour Christian Zihindula, Bukavu ne peut pas attendre la résolution complète de ses problèmes d’urbanisation pour commencer à se protéger contre les incendies.

Il préconise une approche de réduction des risques de catastrophe associant la Province, la mairie, la Protection civile, les services de l’Urbanisme et de l’Énergie, les services de sécurité, la société civile et les communautés.

Il propose à cet effet l’élaboration d’une note technique intitulée « Plan d’urgence pour la prévention et la réduction des incendies dans la ville de Bukavu ». Ce document devrait, selon lui, comprendre le contexte, l’analyse des risques, les objectifs, les activités prioritaires, un budget indicatif, la répartition des responsabilités et un chronogramme de mise en œuvre.

Jean-Luc M.

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