Les assassinats de personnes âgées accusées de sorcellerie continuent de prendre une ampleur alarmante dans plusieurs territoires du Sud-Kivu. À Fizi, Uvira, Kabare et dans d’autres entités de la province, des hommes et des femmes du troisième âge sont régulièrement victimes de meurtres, de lynchages, d’incendies de leurs habitations ou de violences communautaires, souvent sur fond d’accusations non fondées de pratiques mystiques.
L’alerte a de nouveau été lancée ce lundi 8 juin 2026 par l’administrateur du territoire de Fizi, Samy Kalondji Badibanga, qui qualifie cette situation de préoccupation sécuritaire majeure.
« La situation sécuritaire préoccupante reste encore celle des cas d’assassinats ciblés attribués à des accusations de sorcellerie. La catégorie des personnes visées reste les hommes et les femmes du troisième âge. Chaque jour qui passe dans les quatre secteurs du territoire de Fizi, un vieillard, homme ou femme, est victime d’un assassinat ciblé parce qu’il est accusé de sorcellerie », a-t-il déclaré.
Selon l’autorité territoriale, ces crimes touchent désormais l’ensemble des secteurs qui composent le territoire de Fizi. Déjà en mars dernier, Samy Kalondji Badibanga avait révélé que plus de douze personnes âgées avaient été tuées dans le seul secteur de Tanganyika pour les mêmes accusations.
Ces violences s’inscrivent dans un phénomène devenu récurrent dans plusieurs territoires du Sud-Kivu où les personnes âgées, particulièrement les femmes, sont régulièrement désignées comme responsables de maladies, de décès ou d’autres malheurs frappant les familles et les communautés.
À Uvira, plusieurs cas similaires ont été enregistrés ces derniers mois. En juin 2025, une femme de 35 ans, Matumaini Kahagato, accusée de sorcellerie, avait été tuée par des hommes armés à Bwegera, dans la plaine de la Ruzizi. Selon le Réseau Local pour la Protection des Civils (RLPC), la victime venait de rentrer dans son village lorsqu’elle a été abattue par des inconnus.
Quelques mois plus tard, en mars 2026, une autre série de meurtres a secoué la ville d’Uvira. Parmi les victimes figurait Bertha, une femme âgée de plus de 70 ans assassinée au quartier Kilibula. Dans la même période, plusieurs autres personnes avaient été tuées dans différents quartiers de la ville, alimentant la peur au sein de la population.
Le phénomène ne se limite pas aux assassinats. À Kabare, dans le groupement de Mudusa, cinq maisons appartenant à des femmes accusées de sorcellerie ont été incendiées dans la nuit du 17 au 18 janvier 2025. Les victimes avaient été désignées par une partie de la population comme responsables de la mort d’un jeune homme de 22 ans. Malgré l’intervention des forces de l’ordre, les habitations ont été réduites en cendres.
Selon François Mubalama, président de la société civile de Mudusa, ce type d’attaques est devenu fréquent dans plusieurs villages où les accusations de sorcellerie servent souvent de prétexte à des règlements de comptes ou à des violences collectives.
Les organisations de défense des droits humains dénoncent depuis plusieurs années cette spirale de violence qui cible les personnes les plus vulnérables de la société. Elles regrettent notamment l’absence de poursuites judiciaires significatives contre les auteurs de ces crimes.
Malgré les multiples dénonciations des mouvements citoyens, des organisations de la société civile et des défenseurs des droits humains, peu de dossiers ont abouti devant les tribunaux. Cette impunité contribue, selon plusieurs observateurs, à banaliser les violences et à encourager leur répétition.
Les acteurs des droits humains rappellent pourtant que les accusations de sorcellerie ne reposent généralement sur aucune preuve tangible et constituent une violation grave des droits fondamentaux des victimes.
Face à cette situation, les organisations citoyennes appellent les autorités provinciales, les services de sécurité et la justice à agir avec fermeté afin de protéger les personnes âgées et poursuivre les responsables de ces assassinats.
Elles exhortent également les leaders communautaires, coutumiers et religieux à sensibiliser davantage les populations contre les croyances et pratiques qui conduisent à la stigmatisation, à l’exclusion et parfois à l’élimination physique des personnes accusées de sorcellerie.
Pour de nombreux défenseurs des droits humains, mettre fin à ces violences passe non seulement par l’application rigoureuse de la loi, mais aussi par un travail de fond sur les mentalités afin de restaurer la dignité et la protection des personnes du troisième âge, aujourd’hui parmi les plus exposées à ces formes de violence au Sud-Kivu.
