La République démocratique du Congo s’engage dans l’organisation de son deuxième recensement général de la population et de l’habitat depuis 1984, soit après plus de quatre décennies. La décision a été entérinée lors d’une table ronde tenue le 23 mars 2026 à Kinshasa, avec l’appui financier de la Banque mondiale à hauteur de 75 millions de dollars américains.
Cette initiative vise à mobiliser l’ensemble des parties prenantes autour de cette opération d’envergure nationale, jugée essentielle pour une meilleure planification du développement du pays.
Le recensement est une opération statistique officielle permettant de dénombrer avec précision la population et de collecter des données sur ses caractéristiques socio-économiques à un moment donné.
Dans un entretien accordé à La Prunelle RDC, Francklin Matumaini, cadre de l’Institut National de la Statistique (INS) au Sud-Kivu, souligne l’importance stratégique de cette démarche.
Selon lui, le recensement constitue un outil indispensable pour planifier le développement de manière objective, suivre la croissance démographique, assurer une répartition équitable des ressources, orienter les politiques publiques et les partenariats.
« Aujourd’hui, on dit qu’on va construire autant d’écoles, mais où seront-elles construites ? Sur base de quels indicateurs ? Le recensement permet de savoir combien d’habitants vivent à Kasumbalesa, à Bukavu ou à Mwenga, afin d’adapter les infrastructures », explique-t-il.
Dans la province du Sud-Kivu, et particulièrement à Bukavu, cette opération est considérée comme cruciale. Elle permettra notamment d’orienter l’extension urbaine et d’améliorer l’organisation démographique.
Le recensement est également perçu comme un levier de renforcement de la représentation politique et une source fiable de données pour la recherche et les études.
Tout en saluant cette avancée, Francklin Matumaini insiste sur les conditions de réussite du processus. Selon lui, la qualité des résultats dépendra fortement du professionnalisme des experts et de leur indépendance vis-à-vis des influences politiques.
« Si la politique ne s’en mêle pas et que l’on laisse cette question aux techniciens, on peut espérer des résultats fiables, d’autant plus que les outils technologiques actuels permettent une meilleure efficacité », affirme-t-il.
Cette initiative intervient toutefois dans un contexte difficile, notamment dans l’est du pays, marqué par l’insécurité persistante et le délabrement des infrastructures routières. Ces facteurs pourraient constituer des obstacles majeurs à la bonne mise en œuvre du recensement.
Malgré ces défis, les autorités congolaises espèrent faire de cette opération un tournant décisif pour la gouvernance et le développement du pays.
