Dans le territoire de Mwenga, la Société civile Forces Vives tire la sonnette d’alarme face à une détérioration préoccupante de la situation sécuritaire. Dans une correspondance datée du 19 mars 2026, elle accuse certains éléments des FARDC et des groupes VDP Wazalendo de multiples abus contre les civils, et appelle à une journée ville morte ce mardi 24 mars.

Selon ce document officiel adressé notamment aux autorités provinciales et territoriales, la population vivant dans les zones sous contrôle du gouvernement central subit « des tracasseries et exactions » répétées, traduisant une dégradation du climat sécuritaire.

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La Société Civile dénonce en premier lieu la violation du droit à la propriété privée, pourtant garanti par la Constitution. Des militaires sont accusés d’occuper illégalement des biens civils, notamment des hôtels, des écoles et des habitations.

Autre source d’inquiétude : la confiscation des motocyclettes, principal outil de travail pour de nombreuses familles. Ces engins seraient régulièrement saisis pour un usage militaire sans aucune compensation.

À cela s’ajoutent des tirs d’armes à feu fréquents, de jour comme de nuit, qui installent un climat de peur au sein de la population. Selon la société civile, ces tirs ne sont pas toujours liés à des combats, mais serviraient parfois à intimider les civils.

Plusieurs incidents récents sont documentés dans la correspondance :

  • Le 3 mars 2026 à Musika, un infirmier, Bwato Lunanga Thiery, a été dépouillé de 200.000 FC, d’un téléphone Android et de ses chaussures ;
  • Le 12 mars à Ilinda, un homme de 30 ans, identifié comme Dodos Ngama, a été abattu par des éléments Wazalendo ;
  • Le 13 mars à Kibumba, Mukamba Masilya Ndebo, âgé de 56 ans, a été tué par un militaire des FARDC ;
  • Le 15 mars, entre le parking du village Mukingi et Kibumba, des tirs et des actes d’extorsion ont été signalés, impliquant des militaires en provenance de Kinshasa en direction de Ngando.

La Société Civile évoque également des pratiques abusives récurrentes, connues localement sous les expressions : « Longola schéma na téléphone nayo »,
« Pesanga 10.000 FC », ou encore « Tosha godiots », assimilées à un système de racket organisé visant les civils.

Le document dénonce par ailleurs la réapparition de nombreuses barrières payantes illégales sur les axes routiers.

Sur la Route nationale n°2, au moins 13 barrières ont été recensées, notamment à Kenge, Luliba, Mubale, Kangandu, Iwambya, Mungombe, Buziba, Nyangulube et Kibumba, avec des perceptions illégales, variant entre 5.000 et 10.000 francs congolais.

Sur les routes secondaires, 19 autres barrières sont signalées, notamment à Kyashunga, Nyabalume, Butezi, Kimali, Makibila, Kigalama et Kababile.

Pour la Société Civile, ces pratiques contribuent à l’appauvrissement de la population et aggravent la précarité dans la région.

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Face à cette situation jugée « alarmante », la Société civile force vive appelle les autorités à restaurer la sécurité et protéger les civils ainsi que leurs biens, encadrer strictement les forces de sécurité, faire respecter les lois de la République afin de rétablir la confiance entre la population et les institutions.

Elle exige notamment la démilitarisation des centres urbains comme Mwenga et Kitutu, la fin des occupations illégales de biens civils, la libre circulation des citoyens avec leurs effets personnels, ainsi que la cessation des extorsions et de la confiscation des motos.

Pour faire pression, la Société Civile appelle la population à observer une journée ville morte ce mardi 24 mars 2026 sur toute l’étendue du territoire de Mwenga.

Entre 6 heures et 15 heures, aucune activité ne devra être menée : écoles fermées, marchés à l’arrêt, boutiques closes et circulation des motos suspendue.

À travers cette mobilisation, les acteurs de la société civile entendent faire passer un message clair : dans une zone sous contrôle du gouvernement, les populations ne devraient pas vivre dans des conditions assimilables à celles des zones occupées par la rébellion.

Jean-Luc M.

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