La Société civile du Sud-Kivu demande au Vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, de la Sécurité, de la Décentralisation et des Affaires coutumières, en mission à Uvira, de prendre des mesures face à une série de problèmes sécuritaires, humanitaires, judiciaires et administratifs signalés dans plusieurs territoires et villes de la province.

Dans une note de plaidoyer datée du 19 septembre 2026, la présidente du Bureau de coordination provinciale de la Société civile du Sud-Kivu, Me Néné Bintu Iragi, affirme que sa structure a recueilli, au cours des neuf derniers mois, plusieurs doléances de populations vivant dans les zones sous contrôle du gouvernement de la RDC. Elle sollicite l’implication du gouvernement pour apporter des réponses à ces préoccupations, qu’elle présente comme liées notamment à la protection des personnes et des biens et au respect du droit à la vie.

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Les revendications concernent notamment Baraka, Fizi, Uvira, Mwenga, Kamituga et Shabunda, mais également les ressortissants du Sud-Kivu qui se déplacent vers d’autres provinces ou ceux vivant au Burundi.

À Baraka, la Société civile alerte sur la coupure d’Internet et l’insécurité

Pour la ville de Baraka, la Société civile dénonce notamment une coupure d’Internet qui durerait depuis plus de deux mois. Elle estime que cette situation complique les alertes sécuritaires et l’accès aux services de santé en cas d’urgence, alors qu’une partie de la population dépend également du mobile money pour recevoir l’aide financière de proches.

Elle demande le rétablissement de la connexion Internet et un renforcement de la sécurité des personnes et de leurs biens.

La structure fait également état de cas d’atteintes à la vie qu’elle affirme avoir documentés à travers ses noyaux locaux. Elle préconise, à ce sujet, le renforcement et l’équipement de la police et des services de renseignement.

Elle signale par ailleurs l’existence de barrières érigées par certains éléments des forces de défense et de sécurité, accusés de tracasser la population. La Société civile demande que cette question soit portée au ministre de la Défense nationale et qu’une clarification soit apportée sur la prise en charge et la coordination des VDP-Wazalendo.

Fizi : déplacements de populations et difficultés d’accès à la justice

Dans le territoire de Fizi, la Société civile rapporte des cas d’atteinte aux personnes et aux biens qu’elle attribue à des porteurs d’armes, parmi lesquels, selon elle, certains Wazalendo ou éléments FARDC. Elle relève également la difficulté de distinguer les véritables VDP de certains bandits armés qui auraient repris les armes après leur évasion de prison.

Elle appelle au renforcement des services de défense et de sécurité.

La situation dans les hauts plateaux, notamment sur l’axe Point zéro-Rugezi-Minembwe-Mulima, est également évoquée. La Société civile fait état de mouvements de populations liés aux affrontements et estime que certains déplacés internes restent insuffisamment assistés.

Elle cite notamment Ubwari et Gasaba, qu’elle considère comme faiblement couverts par l’aide humanitaire.

Elle propose un meilleur suivi des mouvements de population par la Commission nationale pour les réfugiés, la protection des sites de déplacés et de réfugiés, ainsi qu’une collaboration renforcée avec le ministère des Affaires sociales et de l’Action humanitaire.

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La Société civile dénonce également une prise en charge insuffisante de certains Congolais retournés de Tanzanie, d’Uvira et du Burundi.

Sur le plan judiciaire, elle estime que l’insécurité empêche certains magistrats nommés de rejoindre leurs lieux d’affectation, ce qui contribuerait à l’impunité et à l’apparition de cas de justice populaire. Elle demande donc des mesures de sécurité pour les magistrats et les bâtiments judiciaires.

À Uvira, les barrières et les problèmes administratifs préoccupent

Dans la ville d’Uvira, la Société civile signale notamment des cas d’assassinats et de vols à main armée. Elle demande un renforcement de la police et des autres services de sécurité, ainsi qu’un fonctionnement plus effectif du secteur judiciaire.

Elle affirme également avoir recensé plus de sept barrières entre Kahuzi et Sange, tenues, selon elle, par certains groupes Wazalendo et éléments FARDC, où des sommes d’argent seraient exigées aux passants.

La structure demande que ces cas soient portés à l’attention du ministère de la Défense et propose notamment de doter les policiers de détecteurs de métaux afin de renforcer le contrôle de la circulation des armes aux points stratégiques et sur l’axe routier Bukavu-Uvira.

Autre préoccupation : la forte demande auprès de la Direction générale de migration pour l’obtention de documents provisoires de voyage et de séjour, combinée à la fermeture du centre de capture des passeports et à des ruptures de documents de migration de la CEPGL.

La Société civile propose notamment la création de guichets supplémentaires et la réouverture du centre de capture à Uvira, ou, à défaut, la possibilité d’effectuer certaines démarches auprès de la représentation diplomatique congolaise à Bujumbura.

Elle évoque également la situation des Congolais retournés du Burundi, qui seraient insuffisamment pris en charge à leur arrivée, et demande la mise en place d’un programme de relèvement communautaire.

Inondations, éboulements et circulation des armes

La Société civile alerte aussi sur les risques d’inondations, d’éboulements et d’érosion auxquels la ville d’Uvira serait exposée. Elle demande que les plateformes provinciale et locale de gestion des risques et catastrophes disposent de moyens suffisants pour anticiper ces menaces.

Elle fait référence à un risque climatique annoncé à partir de novembre 2026 et jusqu’au début de 2027, susceptible, selon elle, d’aggraver les risques d’inondations dans plusieurs zones.

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Elle relève également la nomination partielle des animateurs des nouvelles communes d’Uvira et demande notamment la nomination d’un bourgmestre pour la commune de Kalundu ainsi qu’un appui aux nouvelles autorités communales en attendant les élections locales.

La circulation des armes légères et de petit calibre constitue une autre préoccupation soulevée dans la ville, notamment en raison de l’exposition des civils, particulièrement des enfants, aux engins explosifs. La Société civile demande de clarifier et renforcer le fonctionnement de la commission chargée de la lutte contre la prolifération des armes légères et d’appuyer le Centre congolais de lutte antimines.

Dans le territoire d’Uvira, la question des barrières payantes persiste

Dans le territoire d’Uvira, la Société civile dénonce la persistance de barrières payantes le long de la plaine de la Ruzizi, qui porteraient atteinte, selon elle, à la libre circulation des personnes et des biens.

Elle estime que certaines barrières pourraient être maintenues pour des raisons sécuritaires, mais demande la suppression des postes payants et le renforcement de la présence de la police et des FARDC.

Elle souhaite également une clarification de la situation des VDP qui ne seraient pas déployés sur les lignes de front et de leur articulation avec la réserve armée de la défense.

La note évoque par ailleurs la situation de policiers ayant fui Bukavu et qui se retrouveraient sans fonction à Uvira ou Baraka, avec des difficultés d’accès à leur solde. La Société civile demande leur identification, leur répartition et leur affectation. Elle appelle également à achever la nomination des autorités communales à Kiliba et Luvungi.

Mwenga : barrières, justice et enclavement

Dans le territoire de Mwenga, la Société civile alerte sur l’enclavement de la zone et les difficultés liées à la réhabilitation de la RN2 après Kasika.

Elle évoque notamment des incompréhensions autour de ce dossier et demande des explications sur la situation, ainsi que la reprise des travaux de réhabilitation de la route.

La structure réclame également une présence accrue de l’autorité provinciale dans le territoire et l’organisation d’un conseil provincial de sécurité à Mwenga.

Autre préoccupation : la présence de 37 barrières payantes, selon les chiffres avancés dans la note. La Société civile affirme que certaines demanderaient au moins 5 000 francs congolais par passage et seraient tenues par différents éléments armés ou agents des services de sécurité.

Elle demande une clarification concernant le motif d’« effort de guerre » invoqué pour certaines barrières, ainsi qu’un renforcement de la présence et des moyens de la Police nationale congolaise.

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La structure rapporte aussi des difficultés d’accès à la justice liées à l’insécurité, des arrestations arbitraires, des allégations de torture et d’autres traitements inhumains ou dégradants. Elle appelle à un meilleur encadrement des services de défense et de sécurité.

La Société civile soulève en outre la question de la présence d’agents de sécurité et de renseignement dans certains sites miniers, qu’elle estime de nature à favoriser l’exploitation illicite des minerais. Elle demande une collaboration avec le ministère des Mines pour renforcer la traçabilité des minerais extraits dans la zone.

Elle fait également état d’allégations d’exactions liées aux travaux communautaires appelés « salongo » à Kitutu, dans la chefferie de Wamuzimu. Elle demande des enquêtes sur les faits rapportés et un encadrement de ces travaux afin qu’ils ne prennent pas la forme d’une corvée.

Kamituga : administration, sécurité et activités minières

Pour la ville de Kamituga, la Société civile évoque des difficultés au sein de la mairie, notamment après le décès du maire et l’interpellation du maire adjoint à Kinshasa, selon les éléments contenus dans sa note.

Elle demande un rétablissement de l’ordre au sein de l’administration municipale.

La structure rapporte également des arrestations arbitraires, des tortures et d’autres exactions qu’elle attribue à des agents de l’ordre et de sécurité. Elle réclame des enquêtes et des suites judiciaires à l’encontre des responsables présumés.

Elle évoque aussi des menaces de mort visant des défenseurs des droits humains et des animateurs de la société civile, ainsi que des entraves à certaines manifestations pacifiques liées au dossier CRESECO, concernant la desserte en électricité.

La Société civile demande un renforcement de la protection des défenseurs des droits humains et une clarification de la situation autour de la desserte énergétique à Kamituga.

Elle demande enfin une collaboration avec le ministère des Mines pour assurer la traçabilité des minerais extraits dans la zone et alerte sur les difficultés d’accès humanitaire liées à l’insécurité, alors que le territoire fait face, selon elle, à une résurgence du choléra et de la rougeole.

Shabunda : justice, sécurité et tensions communautaires

Dans le territoire de Shabunda, la Société civile signale des cas d’instrumentalisation du rite sacré Kimbilikiti pour extorquer certains petits commerçants de la communauté Shi.

Elle estime que cette situation présente un risque de communautarisation des conflits entre les communautés léga et shi, qui ont historiquement coexisté dans la zone.

Elle demande une mission permettant d’écouter les différentes parties et de prévenir d’éventuels dérapages.

La note fait également état de la persistance de certains cas de tracasseries attribués à des VDP-Wazalendo, malgré certaines arrestations. La Société civile estime que le faible déploiement de la PNC et l’absence d’audiences foraines contribuent à cette situation.

Elle demande le renforcement de la PNC et des FARDC, ainsi qu’une clarification de la coordination entre les VDP et la réserve armée de la défense. Elle appelle également à la traçabilité des vivres et moyens financiers destinés aux lignes de front.

Des préoccupations pour les déplacés du Sud-Kivu dans d’autres provinces

La Société civile attire également l’attention du gouvernement sur la situation des ressortissants du Sud-Kivu qui se déplacent vers Walikale, Beni, Bunia, Kinshasa ou Kolwezi.

Elle évoque la présence de barrières payantes et de cas d’extorsion, citant notamment le cas de Mubalaka, à environ trois kilomètres du centre de Walikale.

Elle rapporte également des arrestations arbitraires, des atteintes à la vie et aux biens ainsi que des cas d’expropriation signalés dans d’autres provinces.

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La situation des déplacés de guerre originaires du Sud-Kivu vivant notamment à Kinshasa est également soulevée. Selon la Société civile, certains sont rarement assistés et ne seraient pas suffisamment identifiés par la Commission nationale pour les réfugiés.

Elle demande que ces déplacés soient identifiés afin de permettre au gouvernement et aux partenaires de mieux planifier leur assistance.

Les Congolais vivant au Burundi au centre d’autres préoccupations

Concernant les Congolais résidant au Burundi, la Société civile préconise la tenue d’une nouvelle réunion tripartite entre le Burundi, la RDC et le HCR afin d’évaluer les résolutions de la précédente rencontre et de rechercher des réponses aux difficultés rencontrées par les réfugiés congolais.

Elle évoque notamment la situation des réfugiés dans le camp de Ruyigi/Busuma.

La structure soulève également les difficultés liées aux documents de voyage et de séjour des Congolais vivant au Burundi, ainsi que les problèmes rencontrés autour de certains documents délivrés par la Direction générale de migration.

Elle propose notamment d’examiner, avec les autorités burundaises et les ministères des Transports concernés, la possibilité de vols d’Air Congo ou de CAA vers le Burundi afin de faciliter les déplacements des ressortissants des Kivus vers Kinshasa.

La protection civile et la gouvernance sécuritaire de proximité

La Société civile salue par ailleurs la mise en place de la Direction générale de gestion des catastrophes, risques et des plateformes provinciales, territoriales et locales dans le cadre de la protection civile.

Elle salue également la formation et la mise en place d’un plan provincial de gestion des risques et catastrophes lancées à Uvira le 17 septembre 2026.

Elle souhaite que cette initiative soit étendue aux territoires et accompagnée de moyens suffisants afin de mieux prévenir et gérer les incendies, les érosions, les éboulements et les tremblements de terre.

La structure propose également le recrutement de jeunes filles et garçons dans les différentes subdivisions et thématiques de la protection civile, dans l’objectif de contribuer à réduire le chômage des jeunes.

Sur la gouvernance sécuritaire de proximité, la Société civile demande la consolidation des acquis des réformes du secteur de sécurité et regrette la rareté des réunions des comités locaux de sécurité.

Elle plaide pour une participation effective de la société civile aux mécanismes de sécurité et insiste particulièrement sur le rôle des chefs d’avenue et chefs de rue, qu’elle considère comme les autorités les plus proches des populations.

Selon elle, ces acteurs peuvent contribuer au suivi des mouvements de population, à l’assainissement et au règlement de certains incidents locaux.

La Société civile interpelle aussi les institutions provinciales

Enfin, la Société civile formule des observations sur le fonctionnement des institutions provinciales.

Elle affirme que l’Assemblée provinciale n’a produit aucun édit ni effectué de contrôle parlementaire au cours de la session de mars 2026. Elle déplore également l’absence de débat sur le projet d’édit de finances 2026 et l’arrêt des conférences budgétaires.

Elle relève par ailleurs la persistance de tensions entre les membres des institutions provinciales et estime que les résolutions de la médiation organisée à Kinshasa en mai 2026 n’ont pas été entièrement exécutées.

Tout en indiquant ne pas encourager une déstabilisation des institutions provinciales dans le contexte actuel, la Société civile appelle les responsables politiques à faire primer les intérêts de la population et à apporter des réponses concrètes aux préoccupations des citoyens.

Elle estime enfin que le passage du gouvernement provincial installé provisoirement à Uvira devrait produire des résultats visibles et s’étendre aux territoires voisins, notamment Fizi, Mwenga et Shabunda, qui nécessitent, selon elle, un désenclavement urgent.

Jean-Luc M.

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