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La loi sur la nationalité congolaise, dite Congolité, initiée par Noel Tshiani, continue de susciter des réactions. La loi prévoit de limiter l’accès à certains postes à hautes responsabilités aux seuls Congolais nés de père et de mère congolais. Dans cette tribune que vous propose Laprunellerdc.info, Me Idesbald Byabuze, Avocat au Barreau du Sud-Kivu, relève la situation des enfants nés des viols perpétrés majoritairement par des acteurs des groupes armés dans l’Est de la RDC, et qui se retrouveraient en conflit avec cette loi.

POUR QUELLE CONGOLITE

Une proposition de loi relative à la « congolité » en République Démocratique du Congo qui fait couler encre et salive, suscite des débats jugés stériles par les uns ou infondés par d’autres.

Le droit positif congolais règle la question de la nationalité congolaise, celle de son acquisition et même celle de sa perte.

Alors que la question de la double nationalité se pose au Parlement depuis des années sans encore être tranchée, le désormais néologisme de la congolité fait réfléchir plus d’une personne.

S’agit-il d’une marche en arrière pour une remise en cause de nous tous Congolais ?

Les phénomènes migratoires d’il y a des siècles et les faits historiques nous feraient tous pâlir de honte tant il est vrai que nous sommes tous venus de quelque part. Même nos frères pygmées qui revendiquent la plus ancienne présence sur le sol congolais y sont peut-être arrivés tombant des nues.

Quelle explication donnerait-t-on alors devant les quatre langues nationales, des centaines de tribus et la mosaïque de coutumes qui, somme toute, font de la RDC plus qu’une nation arc-en-ciel, atout dont se prévaut par ailleurs la République d’Afrique du Sud pour conjurer à jamais les démons de l’apartheid et du sous-développement ?

N’effaçons pas de la mémoire collective africaine et congolaise par conséquent, que de centaines de millions de nos ancêtres furent capturés, enchaînés, torturés, vendus pour être déportés de force dans les conditions les plus inhumaines. Paradoxalement, au temps présent, la ruée vers l’Occident ressemble à une traite des temps modernes, cette fois souhaitée, rêvée, monnayée et osée au mépris de graves dangers par des Africains, hommes et femmes de tous âges décidés, à la recherche d’un bonheur très souvent utopique. Le plus beau jour de leurs vies est celui où par chance, après un vrai parcours de combattants, ils obtiennent enfin une nationalité quelconque. Dès ce jour-là, ils ne jurent plus la main sur le coeur que par « les USA avant tout sur Terre »; « la douce France » et généralement « le ciel » pour vanter les valeurs de leurs nouvelles citoyennetés dans des pays où malgré des imperfections, les chances sont offertes à quiconque pour son épanouissement. Ainsi, les Africains Mokhtar, Kouakou et Matondo apprennent-ils à vivre et à être performants et utiles à leurs nouvelles sociétés aux côtés de Chang, Mike et Dupont.

Ne pas comprendre ces réalités, c’est teinter la congolité de néologisme scélérat.

Nous souhaitons que les nouveaux théoriciens de la congolité s’interrogent par exemple sur le sort et la place à donner dès à présent dans notre société aux milliers d’enfants innocents nés de viols commis par leurs géniteurs étrangers sur des femmes congolaises tout aussi victimes innocentes depuis ces longues années d’insécurité particulièrement à l’est du pays. Quelle congolité pour eux ?

La théorie des origines et celle de la sublimation des races ont de tous temps produit de graves ravages dans l’histoire de l’humanité, les exemples en sont légions.

Pour notre part, la vraie congolité positive devrait s’apprécier par rapport à tout acte, toute attitude et tout comportement du Congolais et de la Congolaise dictés par l’amour entre nous, l’attachement et le dévouement à notre patrie avec en toile de fond, le respect strict des valeurs morales et des lois de la République. Ainsi comprise, loin d’être un cas de guerre, la congolité sera un état d’esprit et un mode de vie à intérioriser par tous les habitants de la République Démocratique du Congo.

Salutations fraternelles,

Me Idesbald Byabuze Katabaruka, Avocat au Barreau du Sud-Kivu

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