La communauté Banyamulenge réunie au sein de la mutualité Shikama de Bukavu a commémoré, jeudi 13 août 2026, le 22ᵉ anniversaire du massacre de réfugiés congolais Banyamulenge perpétré en 2004 dans le camp de Gatumba, au Burundi. La cérémonie, organisée dans la grande salle Bodega de l’hôtel Résidence, a été consacrée à la mémoire des victimes, à la demande de justice et à la condamnation des discours et idéologies de haine.
La commémoration a réuni des familles de victimes, des survivants ainsi que des cadres de base et différents membres de la communauté. Des témoignages ont été livrés au cours de la rencontre, avant la projection d’un documentaire retraçant les événements de Gatumba, notamment leur contexte, le déroulement du massacre et ses conséquences sur les survivants et les familles des victimes.
Les survivants réclament justice
Prenant la parole au nom de la mutualité Shikama, Runezerwa Vincent, vice-président de la communauté Banyamulenge de Bukavu, a appelé à ce que les auteurs présumés du massacre soient traduits devant les juridictions compétentes.
Il a également dénoncé les difficultés humanitaires et l’isolement auxquels, selon lui, fait face actuellement une partie de la population de Minembwe, notamment en matière d’accès aux soins et aux médicaments.
Pour lui, les autorités congolaises et la communauté internationale doivent contribuer à faire avancer le dossier judiciaire des victimes.
« Nous honorons la mémoire des victimes en demandant la justice et en condamnant le génocide perpétré contre les Banyamulenge non seulement au Burundi en 2004, mais aussi la situation que vit le peuple de Minembwe », a-t-il déclaré.
Runezerwa Vincent estime notamment que la responsabilité des institutions internationales doit être examinée, rappelant que les victimes de Gatumba étaient des réfugiés pris en charge dans un camp où intervenaient notamment les Nations unies et le HCR.
Il appelle ainsi la République démocratique du Congo à saisir les juridictions compétentes, tant nationales qu’internationales, afin que les responsabilités soient établies et que les victimes puissent obtenir justice et réparation.
Selon lui, cette démarche devrait concerner l’ensemble du territoire congolais, y compris les zones actuellement contrôlées par différents acteurs armés.
« On nous a tués, mais on est là »
Parmi les participantes à la commémoration figurait Bintu Lydia Muyoboke, survivante du massacre de Gatumba. Revenant sur son expérience, elle a dénoncé les violences motivées par l’origine ethnique et appelé à mettre fin aux discours de haine.
Pour elle, le massacre doit servir de leçon aux générations actuelles et futures.
« Ce n’est pas bien de tuer une personne sans raison juste à cause de son origine ethnique », témoigne-t-elle.
La survivante estime que les violences ne peuvent pas faire disparaître une communauté et appelle plutôt les Congolais à promouvoir l’amour, la cohésion et le vivre-ensemble.
« On nous a tués, mais on est là et on sera toujours là », affirme-t-elle.
Elle plaide notamment pour l’abandon des discours de haine et la reconnaissance de l’humanité commune au-delà des appartenances communautaires.
« On est tous Congolais et on est tous Africains et, au-dessus de tout, on est tous humains », poursuit-elle.
La mémoire comme outil de prévention
Vingt-deux ans après les événements de Gatumba, les familles et les survivants continuent ainsi de porter la mémoire des victimes et de réclamer que les responsabilités soient établies.
Au-delà de la demande de justice, la commémoration de Bukavu a également été présentée comme un appel à prévenir la répétition des violences communautaires.
Les organisateurs souhaitent que la mémoire du massacre permette de tirer des leçons du passé et contribue à renforcer la cohésion entre les différentes communautés de la République démocratique du Congo.
Pour les survivants, rendre justice aux victimes et lutter contre les discours de haine constituent deux dimensions complémentaires : reconnaître les crimes du passé tout en œuvrant pour empêcher que de nouvelles violences fondées sur l’origine ethnique ne se reproduisent.
