Les voyageurs empruntant l’axe routier Butembo-Goma traversent une période difficile depuis la suspension du trafic par l’AFC-M23. Contraints de contourner cette interdiction à bord de motos-taxis, ils se retrouvent confrontés à une nouvelle épreuve à la barrière de Kitsombiro, dans le territoire de Lubero, où une quarantaine de 48 heures à cinq jours leur est imposée avant de poursuivre leur voyage.
Officiellement, cette mesure est justifiée par la volonté de prévenir la propagation de la maladie à virus Ebola dans les zones sous contrôle de l’AFC-M23. Mais sur le terrain, voyageurs et conducteurs dénoncent des conditions de voyage éprouvantes qui aggravent davantage leurs souffrances.
Les parkings des agences de voyage desservant autrefois l’axe Butembo-Goma, jadis animés par le va-et-vient des bus et des passagers, sont désormais presque déserts. Seules les motos-taxis continuent d’assurer la liaison entre Butembo et le sud de la province du Nord-Kivu.
À Kitsombiro, le passage est devenu un véritable parcours du combattant. Conducteurs et passagers sont obligés d’observer une période d’attente variant entre 48 heures et cinq jours, présentée comme une phase d’observation sanitaire destinée à détecter d’éventuels signes de la maladie à virus Ebola avant l’entrée à Goma.
« En quittant Butembo, une fois arrivés à Kitsombiro, nous rencontrons la barrière du M23. Là, nous sommes contraints de nous arrêter et soumis à deux jours d’observation pour vérifier si nous ne présentons pas de signes d’Ebola », témoigne un motocycliste ayant requis l’anonymat.
Ce dernier dénonce les conditions dans lesquelles cette quarantaine est observée.
« Pendant toute cette période d’observation, nous ne mangeons pas et nous dormons à la belle étoile, exposés aux intempéries. Depuis que nous passons par-là, nous avons toujours des problèmes de santé. Nous leur recommandons de mettre en place des thermoflashs pour contrôler la température des voyageurs et de permettre aux usagers de se laver les mains avant de reprendre la route », a-t-il déploré.
Les voyageurs dénoncent également le coût élevé et la pénibilité du transport à moto, devenu la seule alternative pour rejoindre leurs destinations.
« Les conditions sont vraiment difficiles. Les moyens de transport nous pénalisent énormément. Il vaut mieux voyager en voiture, car on y est mieux protégé », explique une passagère bloquée depuis trois semaines.
Elle souligne également l’augmentation des frais de transport.
« Lorsque je suis venue ici, j’avais payé 40 dollars en voiture. Mais pour retourner à Bukavu, nous avons dû débourser entre 50 et 60 dollars à moto, selon les circonstances. Nous sommes obligés de voyager parce qu’il n’y a pas d’autre choix », confie-t-elle.
Depuis près d’un mois, l’AFC-M23 a suspendu le trafic aller-retour sur la route Butembo-Goma. Le mouvement rebelle affirme que cette mesure vise à empêcher l’introduction du virus Ebola dans les zones placées sous son contrôle.
En attendant une éventuelle levée de ces restrictions, les usagers de cet axe stratégique continuent de subir les conséquences de cette décision, entre longues attentes, conditions précaires et hausse du coût du transport.
La Rédaction
