À l’occasion de la Journée internationale des enfants victimes innocentes d’agression, célébrée chaque 4 juin, des défenseurs des droits humains et des acteurs de la protection de l’enfance ont tiré la sonnette d’alarme sur la multiplication des mariages précoces et des violences sexuelles faites aux filles dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Selon eux, l’insécurité persistante, les déplacements massifs de populations, la pauvreté ainsi que certaines pratiques coutumières rétrogrades contribuent à exposer davantage les filles à ces formes de violences.

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Interrogé par La Prunelle RDC, Jean-Bosco Muhemeri, défenseur des droits humains, estime que les racines du problème sont à la fois culturelles et économiques. Il explique que dans plusieurs communautés, des filles sont encore mariées avant d’avoir atteint l’âge de la majorité, souvent à l’initiative de leurs familles confrontées à la précarité.

« Pendant des siècles, certaines communautés ont considéré comme normal le mariage des filles mineures. Souvent, la décision revenait uniquement à la famille. Avec la pauvreté grandissante, certaines familles éprouvent aujourd’hui des difficultés à encadrer leurs enfants et cèdent facilement lorsqu’une personne disposant de moyens financiers se présente pour demander une fille en mariage », explique-t-il.

Pour ce défenseur des droits humains, les conflits armés qui secouent l’Est du pays ont également aggravé la situation. Il dénonce l’utilisation des violences sexuelles comme arme de guerre dans plusieurs zones affectées par les affrontements.

« Les violences sexuelles ont été largement banalisées dans les zones de conflit. Des femmes, des jeunes filles et même des personnes âgées sont victimes d’agressions. Ces actes détruisent non seulement leur dignité, mais aussi leur avenir », déplore Jean Bosco Muhemeri.

Il encourage les victimes à dénoncer les faits et à solliciter l’accompagnement des organisations de défense des droits humains, des structures de prise en charge et des services compétents afin d’obtenir assistance et justice.

« Les victimes ne doivent pas rester dans le silence. Elles peuvent être prises en charge par les organisations spécialisées et bénéficier d’un accompagnement médical, psychologique et juridique. Les auteurs doivent être poursuivis conformément à la loi », insiste-t-il.

De son côté, Danielle Matabaro, chargée de programme adjointe au sein de l’organisation Congo Hope Initiative, regrette que de nombreuses victimes hésitent encore à dénoncer les violences subies, par peur de la stigmatisation et du rejet social.

« Beaucoup de survivantes craignent d’être montrées du doigt ou discriminées. Certaines familles privilégient même des arrangements à l’amiable plutôt que de saisir la justice, ce qui favorise l’impunité », explique-t-elle.

Selon elle, les conséquences des mariages précoces et des violences sexuelles sont nombreuses et souvent dramatiques. Elles incluent notamment les grossesses précoces, les complications liées à l’accouchement, les infections sexuellement transmissibles, les traumatismes psychologiques, la dépression, la déscolarisation et l’exclusion sociale.

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« Une fille victime de viol ou contrainte à un mariage précoce porte souvent des blessures profondes. Ces expériences peuvent avoir des répercussions durables sur sa santé physique, mentale et sur son avenir », souligne Danielle Matabaro.

Face à cette situation, elle appelle à renforcer la scolarisation des filles, la protection des enfants déplacés par les conflits, l’accès aux soins médicaux et psychosociaux ainsi que les mécanismes judiciaires de lutte contre l’impunité.

Les deux intervenants plaident également pour un changement des normes sociales qui continuent de tolérer ou de justifier certaines pratiques préjudiciables aux filles.

À l’occasion de cette journée dédiée aux enfants victimes innocentes d’agression, ils adressent un message de soutien aux survivantes et les encouragent à rechercher de l’aide auprès des structures spécialisées.

Ils appellent enfin les autorités à renforcer les réformes institutionnelles et à veiller à l’application effective des lois afin que les auteurs de violences sexuelles et de mariages forcés répondent de leurs actes devant la justice.

Sylvie Bahati et Stéphane Murhabazi (Stagiaire, UOB)

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