Le Vice-Premier ministre et ministre de la Fonction publique, Modernisation de l’Administration et Innovation du Service public, Jean-Pierre Lihau, a mis en garde les agents et fonctionnaires de l’État contre toute absence injustifiée à leurs postes de travail ce mercredi 3 juin 2026, date choisie par l’opposition congolaise pour organiser une journée « ville morte » à travers le pays afin de protester contre le projet de changement de la Constitution.
Dans une interview accordée à Top Congo FM, Jean-Pierre Lihau a estimé qu’une paralysie des activités économiques et administratives aurait de lourdes conséquences sur l’économie nationale ainsi que sur la vie quotidienne des Congolais.
Selon lui, une seule journée de cessation des activités pourrait coûter près de 322 millions de dollars en production économique et provoquer plus de 40 millions de dollars de pertes en recettes publiques pour le Trésor.
« Qui va payer ça ? C’est la petite économie qui va en souffrir. Ce sont nos petites entreprises, nos petits commerces, les tenanciers des boutiques, des pharmacies, des petits restaurants, les taximen et les motocyclistes qui vont payer cash. Ce ne sont pas les responsables politiques, pas les membres du gouvernement, pas les parlementaires, pas les hauts fonctionnaires. Ce sont nos populations qui vont en pâtir », a déclaré le ministre.
Le patron de la Fonction publique a également évoqué les conséquences sanitaires d’une telle paralysie, estimant que plus de 5 520 personnes, dont plus de 3 000 enfants, pourraient être exposées à des risques graves dans les structures médicales faute de personnel soignant.
« Pensez-vous que ce sont les enfants de ces responsables politiques qui risquent d’être parmi les victimes ? Je n’y crois pas. Parce qu’eux fréquentent les cliniques privées. Ce sont les enfants des Congolais lambda qui vont mourir faute de médecins, d’infirmiers ou de sages-femmes dans les centres de santé de proximité et les hôpitaux de l’État », a-t-il affirmé.
Jean-Pierre Lihau appelle ainsi les acteurs politiques à privilégier un débat démocratique basé sur les idées plutôt que des actions susceptibles, selon lui, d’aggraver les souffrances de la population.
« Nous devons nous affronter autour des idées : projet contre projet, vision contre vision, argument contre argument », a insisté le ministre, citant parmi les priorités nationales le redressement économique, la reconstruction des infrastructures, l’éducation, la santé, la recherche scientifique, la sécurité, l’environnement et la paix.
Le Vice-Premier ministre rappelle également que tous les agents publics de l’État, qu’ils relèvent du régime général ou des régimes particuliers, sont soumis au principe d’apolitisme et de neutralité de l’administration.
Il précise que cette obligation concerne notamment les agents des ministères, des institutions publiques, des régies financières, des communes, mais aussi les enseignants, les magistrats, les policiers et les militaires, qui doivent être présents à leurs différents postes de travail.
Cette mise en garde intervient alors que plusieurs partis politiques de l’opposition ont appelé la population congolaise à observer une journée « ville morte » pour dire non au projet de changement de la Constitution en RDC.
Cette situation suscite déjà de nombreux débats au sein de l’opinion publique. Certains observateurs rappellent notamment que l’UDPS, aujourd’hui au pouvoir et à la tête du gouvernement, avait longtemps recouru aux journées « ville morte » lorsqu’elle se trouvait dans l’opposition, les présentant alors comme des moyens pacifiques et démocratiques de contestation.
Cette contradiction alimente aujourd’hui les critiques de certains acteurs politiques et membres de la société civile, qui s’interrogent sur la position actuelle du pouvoir face à ce mode d’expression populaire.
