Près de deux semaines après l’incendie qui a ravagé l’avenue Irambo II, communément appelée Luziba, dans la ville de Bukavu, les familles sinistrées disent vivre dans des conditions extrêmement difficiles et lancent un appel aux autorités ainsi qu’aux personnes de bonne volonté.
Le feu s’était déclaré dans la nuit du dimanche 21 au lundi 22 septembre 2026, aux alentours de minuit. Selon les témoignages recueillis sur place ce mardi 6 octobre, plusieurs personnes ont été piégées dans leurs maisons et ont perdu la vie, tandis que les survivants ont vu leurs biens partir en fumée.
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Depuis le sinistre, plusieurs familles se retrouvent sans logement. Elles dorment à l’extérieur, sous des bâches ou des tôles de récupération, désormais exposées aux intempéries alors que les pluies commencent à s’intensifier.
« Quand nous dormons, nous sommes complètement trempés. Nous souffrons énormément, il fait froid, nous avons tout perdu », témoigne une sinistrée.
Le manque d’eau potable inquiète les victimes
La situation sanitaire constitue également une source majeure d’inquiétude. Furaha, une autre sinistrée, explique que les installations d’approvisionnement en eau ont été détruites par le feu.
« Nous n’avons pas d’eau potable. L’eau de Luziba sert juste pour la lessive, elle est très sale. Nous devons aller jusqu’à l’avenue Pesage pour chercher de l’eau à boire, sinon nous utilisons l’eau de la source Bizola pour cuisiner. Si nous n’attrapons pas le choléra, c’est uniquement par la grâce de Dieu », alerte-t-elle.
À cette précarité s’ajoutent le manque de nourriture, de savon et d’autres produits essentiels.
Des enfants menacés de ne pas reprendre le chemin de l’école
Pour plusieurs familles, l’incendie a également compromis la rentrée scolaire de leurs enfants. Une femme, voisine de la maison où le feu aurait débuté, affirme avoir perdu tout ce qu’elle avait préparé pour la rentrée.
« Nous venions de terminer les achats de la rentrée scolaire, nous avions tout complété, mais nous sommes retombés à zéro. Les enfants n’iront plus à l’école. La petite activité que je faisais, c’était toute ma vie, mais il ne reste absolument rien », confie-t-elle.
Guylain, un autre sinistré rencontré sur place, décrit une situation devenue particulièrement préoccupante à l’approche de la saison des pluies.
« Il n’y a pas d’eau potable, pas de savon, pas de nourriture. Certains dorment dans des écoles, d’autres dehors avec les personnes âgées, les enfants et les malades. Avec la saison des pluies qui s’annonce et qui est des inondations, ça, c’est un problème encore plus grave que l’incendie lui-même. »
Des aides ponctuelles saluées
Malgré cette situation, les sinistrés saluent l’aide apportée par certaines personnes et organisations de la communauté.
Maman Jolie, victime de l’incendie, remercie notamment une bienfaitrice surnommée « Maman Kishibisha », qui a apporté une aide d’urgence en vivres et en huile. Elle cite également d’autres comme les petits chanteurs de la cathédrale, des commerçants ainsi que des femmes de la société civile ayant distribué des habits, des bidons et des ustensiles.
« C’est grâce à eux qu’on tient », reconnaît-elle.
Les sinistrés dénoncent l’absence des autorités
Les victimes déplorent toutefois ce qu’elles décrivent comme une absence des autorités locales depuis le drame.
« Les chefs de quartier ou de la ville ne sont pas passés. Les seules consignes reçues, c’est l’interdiction de reconstruire. Elles ont juste posé des piquets, disant que tout est devenu une “zone rouge” où seules une école et une église seront construites », dénoncent les sinistrés.
Certains habitants dénoncent également des pratiques de corruption autour de l’autorisation de reconstruire.
« D’autres disent que si l’on donne de l’argent de main à main aux agents de l’urbanisme, on peut commencer à construire. Mais nous, nous n’avons pas d’argent à donner. Ce sont pourtant les autorités qui devraient nous venir en aide. »
Les sinistrés affirment par ailleurs que même l’installation d’abris provisoires serait interdite.
« Même si vous essayez d’installer une petite bâche, les chefs locaux vous surveillent et disent : “Ne mettez pas de bâches, ne faites pas de désordre.” »
Aujourd’hui, plusieurs familles disent ne plus savoir où aller. Celles qui n’ont pas de proches capables de les accueillir ou les moyens de louer un logement passent leurs nuits sur les lieux du sinistre, partageant le peu de nourriture dont elles disposent.
Face à cette situation, les sinistrés lancent un appel aux personnes de bonne volonté pour que l’aide se poursuive.
« Ne vous fatiguez pas, continuez à nous venir en aide », demandent-ils.
Aux autorités, ils demandent des mesures urgentes de relogement, notamment la mise à disposition de bâches et de tôles, ou, à défaut, une autorisation officielle leur permettant de reconstruire leurs habitations.
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« Qu’elles aient pitié de nous. Qu’elles nous viennent en aide avec des moyens de relogement, des bâches, des tôles, ou qu’elles nous donnent l’autorisation officielle de reconstruire. La pluie arrive, nous dormons dehors avec nos enfants », plaident les sinistrés.
Divine Busime et Daniel Mupole
