L’adoption par l’Assemblée nationale d’une loi sur l’organisation d’un référendum en République démocratique du Congo continue de susciter des réactions contrastées à travers le pays. À Bukavu, plusieurs analystes et acteurs politiques estiment que l’initiative intervient à un moment où les priorités nationales devraient être orientées vers la sécurité et l’assistance aux populations affectées par la guerre dans l’Est du pays.

Réunie en séance plénière le mardi 9 juin 2026, l’Assemblée nationale a adopté une loi encadrant l’organisation d’un référendum en RDC. Cette décision relance le débat autour d’une éventuelle révision de la Constitution, une question qui divise profondément l’opinion publique et la classe politique.

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Interrogés par La Prunelle RDC ce mercredi 10 juin 2026, plusieurs acteurs politiques de Bukavu ont exprimé leurs inquiétudes quant à l’opportunité d’un tel processus dans le contexte actuel marqué par l’insécurité, les déplacements massifs des populations et la crise humanitaire dans l’Est de la RDC.

Pour John Karume, acteur politique de Bukavu et cadre du PPRD, les autorités congolaises devraient davantage se concentrer sur les préoccupations quotidiennes des populations victimes de la guerre.

« Nous déclarons haut et fort qu’un autre coup constitutionnel a été posé le 9 juin. Le temple de la démocratie a encore été souillé par ce référendum qu’ils veulent à tout prix organiser alors que le pays est en train d’être divisé. Une personne vivant à Luhutu, Kambamba, Kalehe ou Katana n’a pas besoin d’une révision de la Constitution ou d’un référendum. Elle veut simplement vivre paisiblement dans sa maison, nourrir ses enfants, les envoyer à l’école et travailler dans ses champs en toute tranquillité », a-t-il déclaré.

Selon lui, les débats sur le référendum risquent davantage de fragiliser l’unité nationale plutôt que de répondre aux défis actuels du pays.

« Parler aujourd’hui de référendum, c’est ouvrir la voie à la balkanisation. Ce n’est pas une priorité sociale et cela ne fera qu’aggraver la situation », a-t-il ajouté.

De son côté, Jean-Bosco Muhemeri, également acteur politique à Bukavu, estime que le Président de la République devrait faire preuve de prudence face aux conseils de son entourage.

« Le Chef de l’État avait déjà posé un acte important à travers l’alliance sécuritaire et économique conclue avec les États-Unis. Le moment est mal choisi pour parler de référendum alors que le pays est en guerre, qu’une partie du territoire est sous état de siège et que deux grandes villes sont sous occupation », a-t-il affirmé.

Pour lui, la loi ne doit jamais être modifiée pour servir des intérêts individuels.

« La loi est impersonnelle et doit répondre à l’intérêt général. Le pays ne peut être soumis à la volonté d’une seule personne considérée comme indispensable. Cela représente un risque pour la stabilité des institutions », soutient-il.

À l’opposé, Theodore Museme estime que les débats sur la révision constitutionnelle peuvent se poursuivre parallèlement aux efforts de guerre.

« Même si la guerre se déroule dans l’Est du pays, la nation doit continuer à fonctionner. Ceux qui sont chargés de la sécurité poursuivent leur mission tandis que d’autres institutions peuvent réfléchir à des réformes susceptibles d’améliorer le fonctionnement du pays », explique-t-il.

Selon lui, l’adoption de la loi sur le référendum ne signifie pas qu’un référendum sera immédiatement organisé, mais constitue une étape préparatoire.

« Les gens paniquent alors qu’il ne s’agit pour l’instant que des préparatifs. Le Parlement n’est pas l’institution qui mène les opérations militaires. Certains travaillent pour le retour de la paix tandis que d’autres réfléchissent aux réformes nécessaires pour l’avenir du pays », poursuit-il.

Theodore Mseme estime également que plusieurs faiblesses de la Constitution de 2006 justifient aujourd’hui l’ouverture du débat.

« La Constitution actuelle ne précise pas certains aspects importants de la gestion du pays. Plusieurs difficultés observées aujourd’hui montrent que certaines dispositions méritent d’être clarifiées ou améliorées. Le débat est donc opportun », affirme-t-il.

Depuis l’annonce du gouvernement sur la possibilité d’une révision constitutionnelle et l’adoption de la loi sur le référendum, les réactions se multiplient au sein de la classe politique et de la société civile. Les positions demeurent divergentes entre ceux qui considèrent cette réforme comme nécessaire pour renforcer les institutions et ceux qui estiment qu’elle constitue une distraction face aux défis sécuritaires et humanitaires auxquels le pays est confronté.

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Pour de nombreux observateurs, le gouvernement est appelé à privilégier l’intérêt général et à veiller à ce que toute réforme institutionnelle réponde aux préoccupations réelles de la population congolaise.

Sylvie Bahati

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