Entre le 14 février et le 30 mars 2025, la plaine de la Ruzizi, dans la province du Sud-Kivu, a sombré dans une instabilité inquiétante. Le Réseau Local de Protection des Civils (RLPC) tire la sonnette d’alarme dans un rapport accablant : violations graves des droits humains, déplacements massifs de populations, violences sexuelles, naufrage meurtrier… tout y est.
Tout a commencé par un mouvement désorganisé de militaires FARDC en provenance de Bukavu vers Uvira. En fuite, ces soldats – à pied, à moto ou en véhicule – ont semé la panique et la désolation dans leur sillage. Vols, pillages, extorsions de motos, tortures et tentatives d’assassinat ont été documentés. Dans certaines zones, des civils ont été contraints de transporter les bagages des militaires vers Uvira, notamment à travers le moyen plateau de Lubarika.
Face à ces exactions, les groupes d’autodéfense locaux dits “Wazalendo” ont lancé une campagne de désarmement. Dans un climat de tension extrême, certains témoignages évoquent des scènes surréalistes : des enfants intimidant des soldats qui, sans résistance, remettaient leurs armes. Ce désarmement spontané a poussé les autorités locales et la société civile à organiser une réunion d’urgence, aboutissant à deux recommandations :
- Identifier tous les éléments Wazalendo ainsi que leurs armes auprès de leur commandement.
- Faciliter le passage des militaires FARDC en fuite pour éviter les affrontements et la violence contre les civils.
Une population en fuite, des vies brisées
La crise a provoqué des déplacements massifs : près de 75 % de la population civile, de Kamanyola à Kahwizi, ont fui leurs foyers. Beaucoup ont trouvé refuge près de la rivière Ruzizi, d’autres ont franchi la frontière vers le Burundi. Mais face à des conditions de vie extrêmement précaires, 45 % des réfugiés sont déjà revenus en RDC, selon le rapport consulté par La Prunelle RDC.
Le rapport recense 4.107 ménages déplacés actuellement localisés dans les zones de Sange, Kabunambo et le village de Ngendo. Ces familles, originaires de Kamanyola, Katogota, Luvungi, Bwegera, Luberizi et d’autres localités, ont fui par le pont Nyamoma ou en traversant la rivière Ruzizi à Kaberagule, Ngendo ou Kibirizi. Le monitoring se poursuit dans d’autres zones.
Un bilan humain insoutenable
Les pertes humaines sont lourdes :
- Un naufrage a coûté la vie à 69 personnes sur les 407 passagers, tandis que 338 ont pu être sauvés par des membres de la communauté.
- 52 civils ont été tués, et 119 blessés reçoivent actuellement des soins dans plusieurs aires de santé.
- 105 femmes et filles ont survécu à des violences sexuelles, et ont été orientées vers des structures de prise en charge médicale.
Structures pillées, communautés traumatisées
Le rapport documente également des vols et pillages dans les groupements d’Itara, Kakamba, Luberizi et dans la cité de Sange. Même le centre hospitalier de Mutarule, soutenu par l’ONG Cordaid, n’a pas été épargné.
Dans ce climat de peur et de détresse, le Réseau Local de Protection des Civils (RLPC) appelle les autorités congolaises, les acteurs humanitaires et les partenaires internationaux à intervenir rapidement pour protéger les populations, restaurer la sécurité et répondre à l’urgence humanitaire.