Intervenons-nous

Plus de 2,32 millions d’élèves ont abandonné les bancs de l’école dans la province du Sud-Kivu à cause de la détérioration de la situation sécuritaire. Selon un rapport de l’UNICEF publié en mars, la crise humanitaire et sécuritaire dans les trois provinces éducationnelles de la région a entraîné la fermeture de 3.305 écoles sur les 8.177 que compte la province. Vingt-quatre écoles secondaires servent actuellement d’abris pour les déplacés, tandis que 85 établissements ont été totalement détruits à cause des conflits.

Alors que l’année scolaire devait se dérouler normalement, les établissements scolaires de la province font face à de graves perturbations.

Les territoires de Kalehe, Kabare et Walungu, notamment, sont plongés dans un climat d’instabilité depuis plusieurs semaines à la suite des affrontements entre groupes armés et forces de sécurité. Cette situation a poussé de nombreuses familles à fuir leurs villages, laissant derrière elles des écoles désertées par les élèves et le personnel enseignant.

Des sources locales indiquent que certains établissements ont été temporairement fermés, tandis que d’autres fonctionnent au ralenti avec un personnel réduit.

« Nos enfants ne peuvent pas aller à l’école en toute sécurité, nous avons peur pour leur vie », témoigne Alphonse Cubaka, parent d’élève dans le groupement de Miti.

Les autorités éducatives locales tirent la sonnette d’alarme quant aux conséquences à long terme sur la scolarité des enfants.

« Le retard accumulé dans le programme scolaire risque de compromettre toute l’année académique si rien n’est fait rapidement », alerte un enseignant de Bukavu.

L’absence prolongée des cours pourrait aussi faire grimper le taux d’abandon scolaire, un phénomène déjà préoccupant dans ces zones régulièrement frappées par des crises. Les enfants déplacés sont particulièrement vulnérables, faute d’infrastructures éducatives adaptées dans les zones d’accueil, explique un acteur de la société civile de Minova.

Face à cette crise, les acteurs éducatifs et humanitaires appellent à une intervention urgente des autorités congolaises et des partenaires internationaux. Matthieu Bujiriri, enseignant à Kalehe, demande notamment un renforcement de la sécurité autour des écoles et un soutien matériel pour assurer la reprise des cours dans de meilleures conditions.

En attendant une amélioration durable de la situation, certaines initiatives locales tentent de maintenir une continuité pédagogique. L’UNICEF, par exemple, s’emploie à garantir aux élèves l’achèvement de l’année scolaire en conformité avec les programmes nationaux. L’organisation fournit un soutien matériel et psychologique aux enseignants et aux élèves dans les zones affectées.

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« Beaucoup d’enfants, en ce moment, se retrouvent traumatisés. Et avec le traumatisme, c’est difficile pour un enfant d’apprendre. Il faut un accompagnement psychosocial. Les enseignants sont formés pour cela. Nous travaillons également à l’acheminement de fournitures scolaires, de matériels didactiques et pédagogiques vers plusieurs écoles de la province », explique Emmanuel Chibangu, chargé des programmes éducation à l’UNICEF.

Malgré les efforts, les acteurs du secteur de l’éducation reconnaissent que la situation reste incertaine quant à la reprise effective des cours. Tant que l’insécurité perdure, des milliers d’enfants resteront privés de leur droit fondamental à l’éducation, mettant en péril non seulement leur avenir, mais aussi le développement de toute la région.

Article produit dans le cadre du projet « Habari za Mahali », une initiative du consortium RATECO-REMEL et Media4Dialogue de LaBénévolencjya.

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