Intervenons-nous

La Société Civile du Sud-Kivu appelle la population de la ville d’Uvira au calme, à la vigilance et à la cohésion sociale, après le retrait des éléments de l’Alliance Fleuve Congo (AFC-M23) soutenue par le Rwanda et l’arrivée de certains éléments des Volontaires pour la Défense de la Patrie (VPD-Wazalendo). Dans un appel publié ce 18 janvier 2026, son Bureau de coordination provinciale alerte sur les risques sécuritaires persistants et dénonce des stratégies de division susceptibles de replonger la ville dans la violence.

Selon les informations recoupées par la Société civile du Sud-Kivu, les éléments de l’AFC-M23 ont amorcé leur mouvement de retrait aux alentours de 22 heures 30. La majorité de ces combattants se serait dirigée vers Kabunambo, au sud de la cité de Sange, chef-lieu du territoire d’Uvira, un site précédemment occupé par les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). D’autres groupes auraient pris la direction des moyens et hauts plateaux des territoires d’Uvira et de Fizi.

Lire aussi : Sud-Kivu : l’AFC-M23 annonce le retrait total de ses forces d’Uvira

La Société civile par la voix de Me Néné Bintu, sa présidente, signale toutefois une situation encore confuse au niveau du site dit « point zéro », théâtre d’affrontements au cours des quarante-huit dernières heures. Elle rapporte également que certains éléments de l’AFC-M23 seraient restés dans la ville d’Uvira en tenue civile, sans que leurs motivations ne soient clairement établies.

Dans son communiqué, la Société civile du Sud-Kivu affirme que, lors de leur retrait, les éléments de l’AFC-M23 ont exigé que certains membres de la communauté Banyamulenge quittent la ville avec eux, avançant le risque de représailles de la part d’autres communautés.

La société civile rappelle cependant que ces populations vivaient en paix avec les autres communautés avant l’arrivée de l’AFC-M23. Elle souligne que plusieurs leaders Banyamulenge résidant à Kinshasa et à l’étranger ont déjà dénoncé ces stratégies qu’ils jugent victimisantes et destinées à attiser des conflits communautaires, au détriment des efforts de cohabitation pacifique et de consolidation de la paix au Sud-Kivu.

La Société civile du Sud-Kivu condamne fermement ces stratégies qu’elle qualifie de divisionnistes et réaffirme son appel à la cohésion sociale entre toutes les communautés de la province. Elle met également en garde contre certains comportements observés après le retrait de l’AFC-M23. Des éléments Wazalendo auraient été aperçus au milieu de foules en liesse, procédant à des tirs à balles réelles en l’air et en désordre.

Face à cette situation, la société civile appelle les responsables des Wazalendo présents à Uvira à la retenue, à la discipline et à la responsabilité, les exhortant à mettre fin aux tirs intempestifs et aux querelles infondées avec les FARDC. Elle prévient que de tels agissements risquent de traumatiser la population et de fournir des arguments aux éléments de l’AFC-M23, encore proches de la ville, pour revenir en représailles contre les civils.

La coordination provinciale invite par ailleurs le gouvernement de la République à gérer avec professionnalisme les dossiers liés aux Wazalendo et à la Réserve armée de la défense (RAD), afin d’éviter de nouvelles crises plus complexes, à mesure que l’autorité de l’État est appelée à se rétablir sur l’ensemble de la province. Elle insiste sur la responsabilité première de l’État congolais d’assurer, sans complaisance, la protection des civils et de leurs biens.

La Société civile du Sud-Kivu déplore et condamne également les actes de vandalisme, de vols et de pillages systématiques attribués aux éléments de l’AFC-M23 depuis leur arrivée à Uvira jusqu’à leur départ. Elle dénonce aussi des pillages perpétrés ce 18 janvier par certains citoyens inciviques, notamment à la Direction générale des douanes et accises (DGDA), au port de Kalundu, à l’Office congolais de contrôle (OCC), dans certains hôtels appartenant à des commerçants locaux, ainsi que dans des dépôts de paisibles citoyens, y compris des biens appartenant à des membres de la communauté Banyamulenge.

La Société civile appelle la population d’Uvira et de ses environs à ne pas céder aux pillages des biens publics et privés et à restituer tout bien volé. Elle met en garde contre toute stigmatisation ou attaque ciblant des paisibles citoyens, notamment ceux issus de la communauté Banyamulenge, soulignant que la cohésion sociale doit demeurer un principe fondamental.

Elle insiste également sur le rejet de toute forme de justice populaire. Toute personne suspectée de détenir une arme doit être remise aux services de sécurité compétents pour des investigations, et non lynchée. Les règlements de compte entre citoyens sont fermement découragés, la société civile appelant à laisser la justice accomplir son travail en temps opportun.

Lire aussi : Sud-Kivu : le gouvernement provincial accuse l’AFC-M23 de pillages et de violations du droit international à Uvira

Enfin, la Société civile du Sud-Kivu interpelle le gouvernement national, la communauté internationale et les différents médiateurs impliqués dans les processus de paix en cours. Elle les exhorte à s’assurer de la bonne foi des parties prenantes dans le respect du cessez-le-feu et à privilégier des solutions pacifiques à la crise actuelle. Elle appelle également, en collaboration avec les pays hôtes et le HCR, à faciliter le retour volontaire, sécurisé et progressif des réfugiés congolais, tout en plaidant pour la réouverture des frontières afin de permettre la libre circulation des personnes et de leurs biens dans la sous-région des Grands Lacs.

« Les accords de paix sont signés pour être respectés », conclut la société civile.

Jean-Luc M

Share.
Leave A Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.