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    Fort de sa « proximité et familiarité» avec le Président Tshisekedi, Justin Bitakwira, ancien Ministre et ancien député national en République Démocratique du Congo multiplie des sorties clairement pleines d’appel à la haine tribale et la division au Sud-Kivu. Les dernières sorties polémiques viennent après la tenue des scrutins du 20 décembre 2023 dernier alors qu’il séjourne au sud du Sud-Kivu.

    Se proclamant déjà élu député national, Bitakwira remercie ses électeurs d’Uvira réunis dans une Église protestante et annonce déjà la fin de « l’esclavagisme ». Une fin qui doit, en premier, conduire à la division du Sud-Kivu.

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    « On m’a dit que mes collègues candidats sont tous rentrés à Kinshasa. Ceux qui n’ont pas été choisis par la population sont déjà à Kinshasa à la recherche du seuil. Et moi qui ai tout reçu de vous, je suis là. Je sais qu’à Uvira nous sommes dans un esclavagisme depuis plusieurs années, mais maintenant nous sommes en train de couper cette corde qui nous lie depuis ces années jusqu’au jour où nous allons arriver à la fin », annonce-t-il avec fierté.  

    Le premier esclavagisme, est, selon, lui que les autres communautés aient accepté d’être dirigées par des « gens de Bukavu ». Pourtant, rappelle-t-il, depuis l’histoire, le Kivu avait trois districts à part le chef-lieu de Bukavu. C’était Kindu, Goma et Uvira.

    « Mais si vous regardez la place qu’occupait Uvira, c’était mieux que Goma, Kalemie et d’autres coins. Mais aujourd’hui nous (Uvira), nous sommes restés une brousse, Goma s’est développée et demain vous verrez que Kalemie va se développer plus que nous. Nous nous sommes retrouvés dans une situation où Bukavu nous prend pour une vache laitière. Et malheureusement, après avoir trait le lait de la vache, ils ne se sont même pas souciés de la nourrir. Aujourd’hui, vous venez de voter pour moi et je vous rassure que mon combat pour ces 5 prochaines années, c’est de faire d’Uvira une province», a insisté Bitakwira, invitant la population d’Uvira de rester en alerte en signant le moment venu le mémorandum qui va officiellement exiger l’instauration d’Uvira, Fizi, Mwenga et Shabunda en une Province.

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    Pour Bitakwira, « Eux »,  vont rester avec la ville de Bukavu, Kabare, Walungu, Kalehe et Idjwi.

    « Dans toutes les provinces qui ont été subdivisées dernièrement, il y en a dont leurs chefs-lieux ne sont pas comparables à Luvungi. Donc Luvungi est loin. Si nous devenons une province, cette route ne restera pas ainsi. Lorsque vous revenez de Gatumba, ici à côté au Burundi, vous avez l’impression d’être au paradis, mais lorsque vous traversez la frontière ici à Uvira, ça donne l’impression d’être en enfer ».

    Des partis des leaders de Walungu et Kabare !

    Dans l’entendement de Bitakwira, les habitants d’Uvira ne doivent pas voter pour des personnes venues sur les listes des partis des leaders venant d’autres coins du Sud-Kivu.

    « Nous sommes toujours dans l’autre esclavagisme de Bukavu qui ne nous aide en rien. Ils ne nous ont rien donné, ni hôpital moins encore de l’eau. Mais lorsque les élections arrivent, ils viennent ici avec leurs partis politiques et vous leur donnez des députés. Vous pensez naïvement que vous avez voté pour des députés d’Uvira alors qu’ils sont de Walungu et d’autres sont de Kabare. Et au finish, vous avez zéro député. Lorsqu’ils partagent les postes, ils se choisissent entre eux. En 2019, l’UNC a eu 8 ministres et ils ont désigné 7 bashi en présence de Misare mais même un vice-ministre n’est pas venu d’Uvira. Mais comme vous avez encore décidé de voter pour moi et que j’ai amené notre propre parti, c’est le moment que nous nous délivrons. Nous sommes restés longtemps des enclaves en politique. Les élections sont purement tribales, que personne ne vous dise autrement. Ceux qui sont majoritaires gagnent toujours sur la minorité. Uvira est pour les Bafuliru et les Bavira. C’est vous les autochtones. Quelqu’un du Kongo Central ne peut pas venir se faire élire ici. Mais vous savez qu’il y a même ceux de Kindu qui sont venus se faire élire ici et ils sont devenus ministres ici. Je suis débordé de joie en voyant que cette fois vous avez compris la donne »

    « L’autre esclavagisme »

    Justin Bitakwira est connu pour ses sorties polémiques, populistes et contradictoires et s’est, à maintes reprises, frontalement attaqué aux communautés Banyamulenge (Tutsi) et Bashi. C’est notamment dans une récente émission dans « Bosolo na Politik » le 6 Juillet de l’année dernière.

    “Un tutsi est un criminel né»; « Ils sont tous pareils. Quand tu vois un Tutsi, un criminel. Quand il est en position de faiblesse, il peut dormir pendant six mois sous ton lit. Et quand il prend la position de force, il va te dire qu’il ne t’a jamais vu, pourtant il a dormi six mois sous ton lit. Je me pose toujours la question de savoir si leur créateur ce n’est pas celui qui a créé le diable. Je n’ai jamais vu une race aussi méchante», disait-il, sans rire.

    Des accusations portées également contre la communauté Bashi, accusée d’être « complice » des « Banyarwanda » dans leur quête en RDC.

    Son comportement a déjà été sanctionné par l’Union Européenne, notamment.

    « Chassez le naturel, il revient au galop », dit-on. Bitakwira ne s’avoue pas vaincu.

    Au cours de cette sortie polémique, il rappelle aux chrétiens de cette Eglise protestante que les habitants d’Uvira étaient dernièrement, « dans l’esclavagisme sans nom ».

    « Parce qu’ici chez nous, l’armée était devenue une seule tribu. De Bukavu, Nyange, Kamanyola, Luvungi, jusqu’à Makobola c’était seulement des militaires Tutsi. Et malheureusement, ils nous ont fait oublier les morts qu’ils nous ont fait subir à Makobola, Kakungwe, Kiliba et dans d’autres villages. Cette guerre, je l’ai menée pendant que je n’étais ni ministre ni député. Jusqu’au point où les ‘blancs’ se sont invités au débat en déposant des plaintes contre moi. J’ai, avec votre accompagnement et celui de Dieu gagné tous les procès. Maintenant notre voix est écoutée. Aujourd’hui, ces gens (tutsi) ne circulent plus comme avant », soutient-il avec fierté.

    Ministre pendant plusieurs années sous Kabila, Bitakwira dit s’être opposé à la gratification des criminels au sein de l’armée. Mais encore une fois, se plaint que les « tutsi » aient pris une place prépondérante dans l’armée à l’époque.

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    « À un moment j’ai demandé à Kabila, pourquoi là chez nous on arrête chaque jour des gens qu’on amène à Kitona et qui reviennent avec des grades militaires? Ceux qui étaient capitaines sont devenus Majors, des Majors sont devenus colonels et des colonels devenus Généraux. Les tutsi ont d’ailleurs eu 24 Généraux, les Bavira un seul et les Bafuliro zéro. C’est pourquoi je vous rassure que ça doit finir. Je suis un ami du Président Tshisekedi. On est très familier. Lorsqu’il est élu Président, lui aussi était un peu proche de ces gens-là. Mais ici dernièrement je l’ai approché et je l’ai prévenu que ces gens-là vont en finir avec lui. Je lui ai dit que ces gens sont mauvais. Quand il a soutenu les Wazalendo je lui ai dit que c’était une bonne occasion. Aujourd’hui, les Wazalendo qui sont nos enfants vont officiellement devenir militaires. Pour cette fois, prenons ces Wazalendo comme du café. Vous allez les tamiser et les bonnes semences vont aider notre armée à sécuriser nos terres. On ne veut plus des infiltrés qui sont comparables au serpent. Et c’est le travail que nous allons faire auprès du Chef de l’Etat ».

    « Ces gens-là doivent se préparer ! »

    La délégation de l’Union Européenne en RDC, a, au cours de l’année dernière condamné des propos tenus contre les tutsi et d’autres communautés. Pour l’UE en RDC, ces propos sont de nature à accroître le risque de violences interethniques, davantage lorsqu’ils émanent d’un leader d’opinion.

    Justin Bitakwira a aussi été placé sur la liste de mesures restrictives individuelles de l’Union Européenne pour avoir, de manière répétée, incité à la violence et à la discrimination en propageant un discours de haine, notamment à l’encontre de la communauté Tutsi et en particulier Banyamulenge. 

    Pour l’UE, il s’agissait d’un cas de récidive qui méritait l’attention collective. Elle demandait au Ministre de la Justice, de s’approprier l’engagement du Président de la République et du Gouvernement à lutter contre toute stigmatisation d’une quelconque communauté ou ethnie congolaise.

    Mais pour Bitakwira, son grade politique va au-delà d’un « simple député ». Il annonce déjà les actions à suivre s’il est porté à la tête d’un portefeuille de l’Etat ou s’il succède au Président Tshisekedi en 2028.

    « Ensemble, nous allons travailler et nous vaincrons. Les tutsi ont utilisé les ‘blancs’ pour dire qu’ils me sanctionnent. Ils ont même prétendument déclaré qu’ils gèlent les avoirs là chez-eux comme si j’en avais. Ils m’ont interdit d’ailleurs d’aller chez eux mais voilà qu’aujourd’hui vous venez de me propulser encore une fois. Je vous promets, ces gens-là doivent se préparer. Si demain ils apprennent que je suis nommé ministre de la défense, ils doivent vite trouver où aller. Sinon je vais plier les genoux et je vais faire face à eux. Le mandat du Président Félix Tshisekedi prend fin en 2028 et je crois que je serai son dauphin. Dès que la CENI me proclame, ma première décision sera celle d’aller aux médias et demander à tout celui qui a tué un seul congolais de quitter le Congo dans les 48 heures. C’est là qu’ils seront traqués un après l’autre. Et ils sont connus. Nous connaissons ceux qui ont tué chez nous. Ils auront 48 heures pour quitter notre pays », soutient-il.

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    Le Président Félix Tshisekedi s’est toujours montré ferme par contre tout appel à la haine et à la discrimination. Pourtant, celui qui se présente comme son « partenaire privilégié » multiplie des sorties tendant à menacer la paix et la cohésion sociale dans une région connue pour des actes de violences entre communautés.

    Ces dernières semaines, les violences entre des membres des communautés sont rapportées dans la région de Bwegera et alentour. Celles-ci viennent s’ajouter aux nombreux problèmes que vivent les communautés des Hauts et Moyens plateaux d’Uvira, Fizi et Mwenga.

    Ces appels qui sont clairement dangereux peuvent mettre de l’huile sur le feu et compliquer davantage la situation.

    Nouvellement réélu, le Président Tshisekedi a besoin de marquer la rupture avec des leaders aux discours dangereux et incendiaires contre d’autres communautés de la RDC.

    Ce serait un très bon début alors que le Rwanda, qui agresse et tue en RDC depuis des dizaines d’années, s’emploie à justifier ses actes criminels sur le sol congolais par la nécessité de protéger les communautés rwandophones en RDC.

    Bertin Bulonza

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