Malgré les efforts de médiation en cours, la situation sécuritaire s’est fortement détériorée dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu, marquée par de violents affrontements armés, une aggravation de la crise humanitaire et une multiplication alarmante des attaques contre les civils. C’est ce que révèle le rapport à mi-parcours du Groupe d’experts sur la République démocratique du Congo, consulté par la rédaction de La Prunelle RDC ce jeudi 8 janvier 2026.
Selon ce document, les attaques généralisées et systématiques contre les populations civiles ainsi que les violences sexuelles liées au conflit se sont intensifiées, aggravant une situation humanitaire déjà critique dans les zones affectées par les combats.
Le rapport souligne que, dans la foulée de la signature de l’Accord de paix entre la République démocratique du Congo et la République du Rwanda, ainsi que de la Déclaration de principes de Doha, les négociations se sont poursuivies. Celles-ci ont impliqué, d’une part, les gouvernements de la RDC et du Rwanda et, d’autre part, le Gouvernement congolais et l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC-M23), dans le but de résoudre les points de désaccord encore en suspens.
Des avancées ont été enregistrées, notamment à travers la mise en place de mécanismes de renforcement de la confiance et de vérification, destinés à soutenir l’exécution des plans opérationnels visant à neutraliser les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).
Toutefois, précise le rapport, des interprétations divergentes de certaines dispositions essentielles des accords ont continué à entraver leur mise en œuvre. Dans le même temps, toutes les parties ont mené des opérations de mobilisation et des offensives militaires en violation des accords de cessez-le-feu, compromettant ainsi le processus de paix.
Le Groupe d’experts indique également que l’AFC-M23 a cherché à se positionner comme une autorité de gouvernance de substitution à l’État congolais, en mettant en place des structures administratives, judiciaires, budgétaires et sécuritaires, tout en assumant des fonctions essentielles relevant normalement de l’État.
Selon le rapport, les dirigeants de l’AFC-M23 ont par ailleurs affirmé que leur objectif à long terme est de gouverner une région autonome dans l’est de la République démocratique du Congo.
Sur le plan militaire, le document affirme que l’AFC-M23 a étendu sa campagne armée dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, avec le soutien de la Force de défense rwandaise (FDR), en coordonnant étroitement ses opérations. Cette coopération s’est traduite par des offensives coordonnées, des déploiements stratégiques et la préparation de nouvelles opérations.
Dans les territoires de Masisi et de Walikale, l’AFC-M23 et la FDR auraient cherché à prendre le contrôle des principaux couloirs logistiques et des centres de population, dans l’objectif de s’emparer de la ville de Walikale. Parallèlement, le mouvement a renforcé son ancrage territorial dans le Sud-Kivu, en s’assurant le contrôle d’axes stratégiques et de zones minières.
Le rapport précise que les déploiements coordonnés sur plusieurs lignes de front, notamment dans les territoires de Masisi, Walikale et Lubero, ont permis à l’AFC-M23 et à la FDR de poursuivre leur expansion territoriale.
Toujours selon le Groupe d’experts, l’AFC-M23 a renforcé son accès aux ressources minières du Sud-Kivu en prenant le contrôle de la localité minière stratégique de Nzibira ainsi que de la mine d’or industrielle de Twangiza, située à Luhwindja.
À ce jour, l’AFC-M23 contrôlerait près de la moitié de la production de cassitérite et de coltan du Sud-Kivu, ainsi que plus des deux tiers de la production de wolframite.
Enfin, le rapport indique que les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), appuyées par les groupes Wazalendo, ont continué à contenir les avancées de l’AFC-M23 et de la FDR à travers des opérations conjointes visant à limiter les pertes territoriales et à protéger les principales voies d’approvisionnement.
Le document conclut toutefois que, malgré l’action diplomatique menée pour faire face à la présence des FDLR, les FARDC ont continué à compter sur le soutien opérationnel des FDLR et des groupes qui leur sont alignés.

