Intervenons-nous

Alors que l’accord de paix signé à Washington peine à produire des effets concrets sur le terrain, le vice-Premier ministre en charge du Budget, Adolphe Muzito, affirme que la République démocratique du Congo dispose des moyens financiers nécessaires pour soutenir un effort de guerre prolongé. Invité sur le plateau de France 24, ce vendredi 9 janvier 2026, il a accusé Kigali de ne pas respecter ses engagements.

« Jusque-là, le Rwanda ne fait pas ce qu’il faut pour appliquer cet accord », a déclaré le ministre, estimant que Kinshasa ne pouvait plus se contenter d’une posture exclusivement diplomatique face à la poursuite des combats dans l’Est du pays.

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Un mois après la signature en grande pompe d’un accord de paix qualifié d’historique, sous l’égide de l’administration Trump, l’optimisme s’estompe dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. Malgré les injonctions de Washington exigeant le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais, les affrontements entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et les rebelles de l’AFC-M23 se poursuivent.

Si le président Félix Tshisekedi a multiplié les initiatives diplomatiques et les déplacements à l’international, le gouvernement congolais semble désormais préparer un changement de cap stratégique. « Nous ne sommes pas naïfs », a insisté à deux reprises Adolphe Muzito lors de cet entretien télévisé.

L’annonce centrale de cette sortie médiatique concerne la stratégie budgétaire adoptée par Kinshasa. Pour la première fois, le gouvernement chiffre clairement les ressources destinées à la défense nationale.

« Nous avons un budget qui finance la guerre pour les cinq prochaines années. Nous avons mis de côté et prévu 5 milliards de dollars pour défendre notre patrie », a affirmé le ministre du Budget. Ces fonds visent notamment la modernisation de l’outil militaire et le renforcement des capacités de réaction face à l’expansion territoriale de l’AFC-M23, qui contrôle aujourd’hui des zones d’une ampleur inédite depuis les conflits armés des années 1990 et 2000.

Interrogé sur le risque d’une extension du conflit vers le Katanga, région stratégique en raison de ses richesses minières, Adolphe Muzito a affiché une détermination sans équivoque. Pour Kinshasa, l’accord de Washington constituait une main tendue, mais la riposte militaire est désormais anticipée et budgétisée.

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En invoquant l’adage « Qui veut la paix prépare la guerre », le vice-Premier ministre a averti que la RDC n’excluait aucun sacrifice financier si la voie diplomatique venait à échouer définitivement.

« Les Rwandais obtiendront ce qu’ils voudront de la part de notre pays », a-t-il conclu, laissant entendre que l’issue du processus de paix dépend désormais du choix de Kigali entre l’apaisement et l’escalade.

Joseph Aciza

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