Intervenons-nous

Le Prix Nobel de la Paix Denis Mukwege a exprimé sa vive inquiétude après les récentes attaques par drones visant l’aéroport de Kisangani, capitale de la province de la Tshopo. Dans une déclaration datée du 6 février 2026, il a appelé à une mobilisation urgente de la communauté internationale et des médiateurs impliqués dans les processus de paix en RDC.

« La guerre d’agression et d’occupation menée par l’armée rwandaise et ses supplétifs du M23-AFC depuis 2021… a pris une nouvelle tournure depuis les récentes attaques par drones de l’aéroport stratégique de Kisangani », a rappelé Denis Mukwege.

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Les attaques, survenues dans la nuit du 31 janvier au 1er février 2026, ont été revendiquées par le groupe M23-AFC, qui reconnaît désormais ouvertement sa collaboration avec l’armée rwandaise. Bien qu’aucune victime ne soit à déplorer à ce jour, Denis Mukwege avertit que cette escalade « risque d’avoir des conséquences graves ».

Il souligne que ces incidents interviennent dans un contexte régional tendu, où « la résurgence du mouvement rebelle M23 en 2021 s’explique en grande partie par le fait que les autorités congolaises avaient noué divers partenariats sécuritaires et commerciaux avec Kampala. Cette évolution avait alors poussé Kigali à réaffirmer avec velléité ses ambitions territoriales et stratégiques dans les Kivu, en violation flagrante du droit international, de la Charte de l’Union Africaine et des Nations Unies ».

« Ainsi, les attaques ciblant l’aéroport de Kisangani risquent sérieusement de raviver les tensions ougando-rwandaises, faisant ressurgir le spectre de la “guerre des six jours” survenue entre le 5 et le 10 juin 2000, lorsque des affrontements entre les forces rwandaises et ougandaises avaient occasionné des massacres à grande échelle sur la population civile congolaise. Ces crimes imprescriptibles demeurent impunis », a-t-il rappelé.

Le Nobel de la Paix dénonce également la justification rwandaise des mesures défensives.

« Alors que le Rwanda justifie la présence de son armée en RDC par des “mesures défensives”, il convient de rappeler que le droit international n’a jamais reconnu le principe de la guerre préventive ni celui de la légitime défense préventive… Cette doctrine, qui fait partie intégrante du narratif rwandais visant à légitimer son interventionnisme en territoire congolais depuis plus de trois décennies, a déjà occasionné plusieurs millions de morts en RDC ».

Mukwege insiste sur le fait que seul le Conseil de sécurité des Nations Unies peut autoriser l’usage de la force dans des actions préventives interétatiques, ce qui n’est pas le cas dans ce conflit.

« Il est plus que temps que le Rwanda et ses supplétifs mettent fin à leurs violations systématiques du droit international et renoncent à toute prétention à un soi-disant droit d’intervention sur le sol congolais… Il est urgent que le Rwanda et ses alliés rendent des comptes et subissent des sanctions fortes pour mettre un terme à leurs actions militaires sur le sol congolais et éviter toute escalade supplémentaire », a-t-il insisté.

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Mukwege rappelle que le Conseil de sécurité a adopté la résolution 2773 à l’unanimité, exigeant « le retrait immédiat et inconditionnel de l’armée rwandaise, ainsi que le démantèlement sans délai des structures illégitimes de la coalition M23-AFC ».

En fin Mukwege avertit que « faute de quoi, le risque d’un embrasement généralisé de la région des Grands Lacs menacera encore davantage la paix et la sécurité internationales ».

Brigitte Furaha

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