La poursuite judiciaire engagée contre l’ancien ministre congolais Roger Lumbala devant la justice française constitue « un signal fort pour les victimes congolaises qui réclament justice », estime Jean Bosco Muhemeri, observateur des questions de justice transitionnelle, dans une déclaration faite ce mercredi 8 octobre 2025, quelques jours avant l’ouverture du procès.
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Roger Lumbala, ancien ministre, député et sénateur de la République démocratique du Congo, comparaîtra à partir du 12 novembre 2025 devant la cour d’assises de Paris pour complicité de crimes contre l’humanité. Les faits présumés remontent à la deuxième guerre du Congo (1998-2003), l’un des conflits les plus meurtriers de l’histoire récente du continent, ayant fait plusieurs millions de morts.
Pour Jean Bosco Muhemeri, ce procès ouvre la voie à d’autres actions similaires et redonne espoir aux nombreuses victimes des violences dans l’Est du pays.
« Les poursuites contre Roger Lumbala est un bon signal envoyé aux milliers de victimes congolaises en quête de justice. C’est un message que tous les actes criminels commis à l’Est seront un jour sanctionnés », a-t-il déclaré.
Toutefois, il s’interroge sur les motivations géopolitiques derrière l’usage par la France de la compétence universelle pour juger un ressortissant congolais.
« Le recours par la France à la compétence universelle pour connaître des crimes commis en dehors de son territoire pousse à questionner son intérêt géopolitique dans cette affaire. Les États agissent souvent pour défendre leurs intérêts, rarement pour des valeurs comme la justice », a-t-il nuancé.
Jean Bosco Muhemeri estime que ce procès pourrait avoir un effet dissuasif sur les acteurs armés encore actifs à l’Est du pays.
« Si la justice internationale agit concrètement, les seigneurs de guerre comprendront que les choses évoluent. Cela pourrait les pousser à changer de comportement, par peur de poursuites et de condamnations », a-t-il expliqué.
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Il appelle en même temps les autorités congolaises à « libérer les populations sous le joug des forces d’occupation et des groupes armés », et à restaurer l’intégrité du territoire national.
« La justice internationale est lente, mais inévitable »
Reconnaissant la lenteur de la justice internationale, il affirme néanmoins sa confiance dans son efficacité à long terme.
« Les crimes internationaux sont imprescriptibles. Les auteurs marchent longtemps avec leur épée de Damoclès sur la tête, mais tôt ou tard, ils sont confrontés à la justice », souligne-t-il.
Pour rappel, Roger Lumbala est ancien chef rebelle du Rassemblement congolais pour la démocratie-National (RCD-N). Arrêté en 2021 en France, il est accusé d’avoir ordonné ou soutenu des exactions systématiques — tortures, viols, mutilations et pillages — contre des civils lors de l’opération « Effacer le tableau » menée entre 2002 et 2003 dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu, en alliance avec le Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba.
Vinciane Ntabala et Brigitte Furaha


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