À Goma, dans la province du Nord-Kivu, Bernice Olinde s’impose progressivement dans un domaine encore largement dominé par les hommes : l’électromécanique. Ingénieure électromécanicienne au sein de la Compagnie d’Électricité du Lac (CEL), elle incarne aujourd’hui le parcours d’une jeune femme déterminée à briser les stéréotypes liés aux métiers techniques.
Son parcours académique témoigne d’une évolution progressive et d’une grande capacité d’adaptation. D’abord diplômée en chimie biologique à l’Institut Tupendane, elle poursuit ensuite ses études à l’Institut Supérieur des Techniques Appliquées (ISTA) où elle obtient un graduat en électronique, avant de décrocher une licence en mécanique. Ce cheminement atypique l’a finalement conduite vers l’électromécanique, un domaine qu’elle découvre presque par hasard.
« Je me demandais, pour faire pareil, quelle filière devrais-je suivre ? On m’a répondu : l’électromécanique. Mon parcours n’a pas été facile. Le plus difficile a été la mise à niveau, puisque j’entrais dans un domaine différent. Au secondaire, j’avais étudié la biochimie », raconte-t-elle.
C’est en assistant aux défenses scientifiques de ses aînés dans différentes universités de la ville de Goma que naît son intérêt pour ce domaine technique. Fascinée par les projets présentés, elle décide alors d’emprunter ce chemin, malgré les défis et les regards sceptiques.
Car, dans une société où certains métiers restent souvent perçus comme « masculins », Bernice Olinde doit composer avec des réactions contrastées. « Mon entourage est divisé. Certains réagissent bizarrement en disant que je ne suis pas assez forte pour ce métier, tandis que d’autres m’encouragent », confie-t-elle.

Malgré ces préjugés persistants, elle reste convaincue qu’aucun métier ne devrait être interdit aux femmes. Selon elle, chaque personne – et particulièrement les jeunes filles – doit pouvoir choisir sa carrière sans complexe ni pression sociale.
Parmi les expériences professionnelles qui l’ont le plus marquée figure un projet d’envergure ayant duré plus de six mois. Il s’agissait notamment de fabriquer et d’installer des structures métalliques destinées à supporter des panneaux d’une centrale solaire installée sur une montagne.
« Le moment dont je suis le plus fière, c’est lorsque je transforme une machine dessinée sur papier en une réalisation concrète », explique-t-elle avec enthousiasme.
Pour Bernice Olinde, l’électromécanique ne se résume pas à une discipline technique. C’est aussi un métier qui permet d’apporter des solutions concrètes aux besoins de la société.
« Ce qui me plaît dans ce métier, c’est le sentiment que nous ressentons lorsque nous apportons une solution là où il n’y en avait presque pas. Ce qui me motive, ce sont toutes ces personnes qui croient en nous, ainsi que la nouvelle génération qui nous considère comme des exemples à suivre », souligne-t-elle.
À travers son parcours, elle lance un message clair aux filles et aux femmes qui hésitent encore à s’engager dans les filières techniques : oser et persévérer.
« Je leur dirais que l’électromécanique n’a rien d’un métier masculin ; c’est le travail fourni qui nous donne notre place », affirme-t-elle.
Dans un contexte où les stéréotypes persistent encore dans plusieurs secteurs techniques, de plus en plus de jeunes filles à Goma et dans la province du Nord-Kivu choisissent néanmoins de relever le défi. Comme Bernice Olinde, elles démontrent chaque jour que les femmes ont toute leur place dans les métiers scientifiques et techniques, et qu’elles peuvent contribuer pleinement à l’évolution de la société.
