Intervenons-nous

Le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine (UA) a exigé le retrait immédiat et total des éléments de l’Alliance Fleuve Congo-Mouvement du 23 mars (AFC-M23) de la ville d’Uvira et de l’ensemble des zones occupées dans l’est de la République démocratique du Congo. Cette position a été exprimée face à l’aggravation des tensions entre la RDC et la République du Rwanda et à l’escalade du conflit armé dans la région.

Cette exigence ressort d’un rapport du CPS parvenu à la rédaction de La Prunelle RDC ce jeudi 8 janvier 2026, à l’issue de la 1323ᵉ réunion du Conseil au niveau ministériel, tenue le 29 décembre 2025 à Addis-Abeba, en Éthiopie, consacrée à la situation sécuritaire dans l’est de la RDC.

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Dans ce document, le Conseil se dit profondément préoccupé par l’intensification des combats, en particulier par l’offensive menée ces dernières semaines par le M23 et ses alliés. Une escalade qui a conduit à la prise de la ville d’Uvira, causant des pertes parmi les civils et aggravant considérablement la situation humanitaire.

« Le Conseil exige le retrait immédiat et total de l’AFC-M23 d’Uvira et de toutes les zones occupées dans l’est de la RDC, tout en prenant note de l’annonce faite le 16 décembre 2025 concernant le retrait des forces de l’AFC-M23 d’Uvira ; souligne que ces mesures doivent être vérifiables, durables et s’accompagner du respect total des engagements en matière de cessez-le-feu, de protection des civils et d’accès humanitaire », précise le rapport.

Le CPS condamne également l’utilisation de discours de haine et d’idéologies haineuses, et demande à l’Envoyé spécial de l’Union africaine de mener des enquêtes sur ces pratiques et d’en faire rapport au Conseil, dans le cadre de la prévention du génocide et des atrocités de masse.

Selon le rapport, le Conseil exprime son indignation face aux attaques qualifiées d’odieuses perpétrées par le M23, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ces attaques ont provoqué des pertes en vies humaines, des blessés et d’importants déplacements de populations, touchant particulièrement les femmes et les enfants.

Le CPS dénonce également les violations flagrantes du droit international humanitaire (DIH) et du droit international des droits de l’homme (DIDH), avertissant que les auteurs de ces actes devront en répondre.

Le Conseil condamne par ailleurs « sans appel » les attaques attribuées aux Forces démocratiques alliées (FDA) et aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), estimant qu’elles ont contribué à aggraver l’insécurité et les souffrances des populations de l’est de la RDC.

Dans le même élan, le CPS dénonce la mise en place de structures administratives parallèles dans les territoires contrôlés par des groupes armés, déclarant ces initiatives nulles et sans effet juridique. Il déconseille vivement à tous les États membres, en particulier aux pays voisins de la région, de collaborer de quelque manière que ce soit avec ces structures ou de les reconnaître.

Le Conseil exhorte en outre la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) à mettre en œuvre le Mécanisme conjoint de vérification élargi Plus (MCVE+), tel que prévu dans le Mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu de Doha du 14 octobre 2025.

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Le CPS salue également les efforts diplomatiques du président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, notamment ses démarches récentes à Kinshasa. Il approuve la consolidation d’une médiation menée par l’Afrique, en coordination avec la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) et la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), y compris la fusion des processus de Nairobi et de Luanda.

Par ailleurs, le Conseil exige un accès humanitaire inconditionnel, sûr et sans entrave pour toutes les populations dans le besoin, ainsi que la réouverture des routes commerciales en RDC et dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.

Il appelle la Commission de l’Union africaine et la communauté internationale à intensifier de toute urgence leur soutien financier et matériel à la RDC, ainsi qu’aux pays affectés par le conflit et accueillant un grand nombre de réfugiés congolais.

Enfin, le CPS réaffirme sa volonté d’envisager des mesures supplémentaires pour soutenir la désescalade du conflit, la protection des civils et la recherche d’une solution politique durable et négociée. Il encourage également les pays de la région à explorer davantage les opportunités économiques, notamment en matière d’échanges commerciaux, d’infrastructures et de coopération transfrontalière, afin de renforcer l’intégration régionale, essentielle à la consolidation de la paix et de la sécurité dans la région des Grands Lacs.

« Le Conseil attend avec intérêt les conclusions de la prochaine réunion de travail de haut niveau qui sera organisée par le Médiateur de l’UA avec le Groupe de facilitateurs à Lomé, au Togo, en janvier 2026 », conclut le rapport.

Suzanne Baleke

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