Intervenons-nous

Face à une dégradation sans précédent de l’espace informationnel mondial, l’UNESCO lance un appel pressant à la mobilisation collective. Entre la prolifération de la désinformation, la banalisation des discours de haine en ligne et les nouvelles menaces liées à l’intelligence artificielle, l’organisation onusienne alerte sur les risques majeurs qui pèsent sur la liberté d’expression, le journalisme et, plus largement, sur la paix mondiale.

Dans son rapport sur les tendances mondiales des médias, l’UNESCO dresse un constat préoccupant : 67 % des internautes déclarent avoir déjà été confrontés à des discours de haine en ligne. Loin d’être anodine, cette réalité traduit l’émergence d’un écosystème informationnel toxique, où l’hostilité numérique nourrit un climat de peur et favorise l’autocensure, tant chez les citoyens que chez les professionnels de l’information.

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Cette dynamique, souligne le rapport, appauvrit la diversité des voix et fragilise la qualité du débat public. En étouffant les opinions minoritaires et les enquêtes sensibles, la haine en ligne ne se contente pas de blesser les individus : elle mine les fondements mêmes d’une société démocratique informée.

À cette crise s’ajoute un facteur aggravant : l’essor rapide de l’intelligence artificielle générative. Si ces technologies offrent de nouvelles opportunités aux médias, elles sont également devenues des outils puissants de manipulation. La multiplication des deepfakes, la diffusion automatisée de fausses informations et l’opacité des algorithmes compliquent considérablement le travail de vérification des faits. Sans garde-fous éthiques clairs ni transparence, l’UNESCO avertit du risque d’un basculement vers une ère où la fiction numérique supplante la réalité factuelle.

Au-delà du numérique, l’organisation attire également l’attention sur la violence croissante à l’encontre des journalistes, en particulier ceux qui enquêtent sur les enjeux climatiques. Défenseurs de l’intérêt public, ces reporters sont aujourd’hui exposés à des menaces multiples : harcèlement judiciaire, intimidations, agressions physiques. Pour l’UNESCO, la protection de l’information environnementale n’est plus seulement une question de liberté de la presse, mais un enjeu de sécurité mondiale.

Face à cette accumulation de risques, l’inaction n’est plus envisageable. L’UNESCO plaide pour la création d’espaces numériques sûrs, fondés sur la responsabilité accrue des plateformes, le renforcement des mécanismes juridiques de protection des journalistes et le développement de l’éducation aux médias et à l’information.

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Car l’information, rappelle l’organisation, est un bien public essentiel. La laisser se dégrader sous l’effet de la haine, du mensonge et de la manipulation technologique, c’est compromettre notre capacité collective à construire des sociétés pacifiques, justes et résilientes.

Protéger l’intégrité de l’information n’est donc pas un luxe, mais une nécessité vitale. Pour que le journalisme continue de contribuer à une paix durable, comme le souligne l’UNESCO, il appartient à tous — États, plateformes, médias et citoyens — d’imposer des cadres de régulation garantissant que la dignité humaine et l’exactitude des faits demeurent les piliers de l’espace numérique mondial.

Joseph Aciza

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