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    Le Docteur Denis Mukwege a exprimé sa profonde inquiétude face au débat autour d’une éventuelle révision constitutionnelle en République démocratique du Congo visant à permettre au président en exercice de briguer un troisième mandat après l’expiration de son second et dernier mandat prévue le 20 janvier 2029.

    Dans une déclaration rendue publique, le Prix Nobel de la paix estime que les principes fondamentaux de la démocratie sont de nouveau menacés dans le pays alors que la RDC traverse une crise sécuritaire, politique et sociale particulièrement grave, marquée notamment par la guerre dans l’Est du pays.

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    Selon Denis Mukwege, le pays semble aujourd’hui « à la merci d’un homme et d’un regroupement politique », accusant l’Union sacrée et le président de la République de vouloir s’accrocher au pouvoir au détriment du principe de l’alternance démocratique.

    Il critique également ce qu’il qualifie de « système basé sur le culte de la personnalité » malgré, selon lui, un bilan « désastreux » en matière de gouvernance sécuritaire, économique et sociale.

    Le médecin congolais rappelle que la souveraineté nationale appartient exclusivement au peuple et qu’aucun individu ni aucune fraction du peuple ne peut se l’approprier.

    Dans sa déclaration, Denis Mukwege s’interroge également sur la cohérence d’un éventuel processus de révision constitutionnelle dans un contexte où plusieurs voix évoquent déjà un possible report des élections prévues en 2028 en raison de l’insécurité persistante dans l’Est du pays.

    Selon lui, si plus de 12 millions de citoyens des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu risquent d’être privés de participation électorale pour des raisons sécuritaires, les mêmes difficultés devraient également empêcher l’organisation d’un référendum national.

    Le Prix Nobel de la paix dénonce par ailleurs les contradictions de certains acteurs politiques qui avaient, il y a moins de dix ans, manifesté contre toute révision constitutionnelle mais qui militeraient aujourd’hui pour modifier la même Constitution.

    Pour Denis Mukwege, le principal problème de la RDC ne réside pas dans les textes légaux mais dans le manque de dirigeants capables d’assurer efficacement la paix, la justice, le travail et la dignité pour tous les Congolais.

    Il estime qu’ouvrir un débat sur la modification de la Constitution dans le contexte actuel risque d’aggraver l’instabilité institutionnelle et de provoquer une crise politique majeure susceptible de menacer davantage la cohésion sociale.

    Face à cette situation, Denis Mukwege appelle à un « sursaut citoyen » afin que la population se réapproprie la Constitution et défende les principes démocratiques.

    Il rappelle notamment que le préambule de la Constitution identifie l’impunité, le népotisme, le régionalisme, le tribalisme, le clanisme et le clientélisme comme des facteurs ayant contribué à « la ruine du pays ».

    Le Prix Nobel insiste également sur le fait que les priorités nationales devraient rester la fin de la guerre dans l’Est de la RDC et la restauration de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national.

    Citant les articles 219 et 220 de la Constitution congolaise, Denis Mukwege souligne qu’aucune révision constitutionnelle ne peut intervenir en période d’état de guerre, d’état d’urgence ou d’état de siège et que le nombre ainsi que la durée des mandats présidentiels ne peuvent faire l’objet d’aucune révision.

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    Dans son appel, il exhorte les forces vives de la nation à ne pas « sacrifier la République » et à œuvrer pour une sortie de crise juste et durable, tout en rejetant toute tentative de dérive autoritaire et toute division susceptible de fragiliser davantage le pays.

    Denis Mukwege conclut sa déclaration en appelant les Congolais à rester unis pour bâtir « un État de droit et une nation puissante et prospère » fondés sur une véritable démocratie politique, économique, sociale et culturelle.

    « Touche pas à ma Constitution ! », conclut-il.

    Jean-Luc M.

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