À Kindu, chef-lieu de la province du Maniema, l’état de dégradation avancée des principales artères urbaines suscite indignation et interrogations. Plusieurs axes stratégiques sont aujourd’hui quasi impraticables, au point d’alimenter un débat public sur l’utilisation des recettes fiscales locales.
Parmi les routes les plus affectées figurent l’avenue Potopoto, le boulevard Koloso, l’avenue Miba, l’avenue du Commerce, ainsi que les axes menant vers l’université de Kindu, l’ISC, l’ISTM et l’aéroport. Les routes vers les quartiers Palmier, Lokole et Shenge sont également criblées de nids-de-poule profonds. La circulation y est devenue difficile, voire dangereuse, pour les automobilistes comme pour les motocyclistes.
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Selon plusieurs habitants, les pluies répétées et le passage constant de motos-taxis et de véhicules lourds accélèrent la détérioration. Mais pour nombre d’acteurs locaux, ces facteurs naturels ne suffisent pas à expliquer l’ampleur des dégâts. « Kindu, ville phare du Maniema, mais routes dignes d’un champ de bataille », ironisent certains acteurs socio-politiques lors de réunions publiques.
Au cœur des préoccupations : l’utilisation des taxes conventionnelles perçues sur le commerce, les transports et les marchés. Ces recettes, estimées à plusieurs milliards de francs congolais par an selon des sources locales, sont censées financer l’entretien urbain, notamment la voirie. Pourtant, sur le terrain, peu de travaux d’envergure sont visibles.
Des voix citoyennes demandent davantage de transparence budgétaire. « Les taxes payées ici doivent refaire nos routes, pas aller ailleurs », plaident certains habitants, appelant à une publication claire des dépenses provinciales et urbaines.
Au niveau national, la Présidence de la République démocratique du Congo, dirigée par Félix Tshisekedi, a annoncé un ambitieux programme de réhabilitation de milliers de kilomètres de routes en 2026. Toutefois, à ce stade, Kindu ne figure pas parmi les grands axes prioritaires comme le tronçon Kisangani–Ubundu.
Le ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire, de la Recherche scientifique et de l’Innovation (ESURSI), concerné par les routes menant vers les institutions publiques telles que l’université de Kindu, l’ISC et l’ISTM, est également interpellé. Des observateurs estiment que ces établissements pourraient plaider pour des financements spécifiques ou explorer des partenariats publics-privés afin d’améliorer l’accès aux campus.
Le gouverneur du Maniema, Mussa Kabwakubi, est directement interpellé par la société civile. Si des annonces d’asphaltage ont été faites récemment pour des territoires comme Kasongo ou Kibombo, la voirie intra-urbaine de Kindu reste en attente d’actions concrètes.
Face à la montée du mécontentement, plusieurs acteurs locaux estiment qu’une clarification sur l’affectation des recettes fiscales et un plan d’urgence pour la réhabilitation des routes s’imposent afin d’éviter une amplification de la grogne sociale.
Pour de nombreux habitants, l’enjeu dépasse le simple confort : il s’agit d’accès aux services, de sécurité routière et de dynamisation de l’économie locale. À Kindu, la question demeure posée : où passent les fonds destinés à l’entretien des routes ?

