Intervenons-nous

    La Présidente du Bureau de coordination de la Société Civile du Sud-Kivu, Me Néné Bintu Iragi, a tiré la sonnette d’alarme ce mardi devant le Secrétaire général adjoint des Nations unies, Jean-Pierre Lacroix, dénonçant la détérioration dramatique de la situation sécuritaire, humanitaire et des droits humains dans l’Est de la RDC, en dépit des accords de Washington et de Doha censés ramener la paix.

    La rencontre s’est tenue à partir de 8 heures 30 dans les bâtiments Utex abritant le siège de la MONUSCO à Kinshasa, en présence de représentants des populations du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, provinces toujours ravagées par les violences armées. (Compte-rendu)

    Selon la Présidente du Bureau de Coordination de la Société Civile du Sud-Kivu, la réunion avait pour objectif de permettre aux représentants de la population de s’exprimer directement auprès de l’ONU sur la situation réelle dans les provinces en guerre, alors que l’Ituri reste sous mandat de maintien de la paix de la MONUSCO, contrairement au Sud-Kivu, où la mission s’est retirée depuis juin 2024.

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    Les échanges ont été structurés autour de deux temps forts : l’intervention du Secrétaire général adjoint des Nations unies et un tour de table au cours duquel chaque participant a dressé l’état des lieux après les accords de Washington, de Doha et la réunion de haut niveau de Lomé (janvier 2026).

    Selon Me Néné Bintu, dans son allocution, Jean-Pierre Lacroix a affirmé que les Nations unies soutiennent pleinement les processus de paix en cours en RDC. Aussi, a-t-il rappelé, le Conseil de sécurité a renouvelé pour un an le mandat de la MONUSCO, avec une mission spécifique au Nord et Sud-Kivu : la vérification du cessez-le-feu issu des accords de Washington et Doha, avec un lien direct à la protection des civils.

    Pour Lacroix, cité par Néné Bintu, les ressources de l’ONU ont été réduites de plus de 25 %, ce qui pourrait affecter certaines attentes de la population.

    Enfin, l’ONU exprime sa compassion envers le peuple congolais, meurtri par des décennies de guerre, et espère une issue heureuse aux processus de paix.

    La Société Civile du Sud-Kivu dresse un tableau alarmant

    Prenant la parole, Me Néné Bintu Iragi a décrit une province du Sud-Kivu en pleine catastrophe humanitaire et sécuritaire depuis l’extension de la guerre en février 2025 : Civils tués, femmes et filles violées, économies détruites, déplacements massifs à l’intérieur de la province et vers le Burundi et la Tanzanie, sans assistance humanitaire adéquate, violations massives des droits humains et du droit international humanitaire ou encore des arrestations arbitraires…

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    Elle a aussi dénoncé la coupure du signal de certaines maisons de télécommunications (Vodacom,) accusant les autorités de fait, ce qui prive la population de la communication, de l’accès au mobile money et des salaires envoyés par l’État aux fonctionnaires.

    À cela s’ajoute la fermeture persistante de l’aéroport de Goma, y compris aux vols humanitaires, en violation des engagements pris à Paris en octobre 2025, aggravant la situation des malades chroniques, des femmes enceintes, des enfants privés de vaccination, et la prise en charge de maladies comme le choléra, le Mpox et la rougeole.

    Des accords de paix contredits par la réalité du terrain

    La Présidente de la Société civile a souligné un décalage profond entre la diplomatie et la réalité. « Pendant qu’on signe des accords, les belligérants renforcent leurs troupes sur les lignes de front. »

    Chaque affrontement entraîne de nouveaux déplacements et de nouvelles violations des droits humains, documentées par les organisations locales.

    Elle rappelle que la Société Civile avait averti que le retrait de la MONUSCO sans redéploiement des FARDC et de la PNC dans les zones rouges laisserait un vide sécuritaire. « Des zones sont restées vides, de nouveaux groupes armés sont apparus, et les villes sont tombées sans résistance. »

    Opacité des accords de Doha et marginalisation de la Société Civile

    Me Néné Bintu a dénoncé l’exclusion de la Société Civile des négociations de Washington et Doha, alors que les accords sont censés bénéficier aux populations. Elle cite notamment deux accords non publiés : l’accord tripartite du 14 septembre 2025 (RDC-AFC/M23-CICR) sur les prisonniers et l’accord du 14 octobre 2025 (RDC-AFC/M23-HCR) sur le retour des Congolais du Rwanda.

    Selon elle, ces textes, connus uniquement des signataires, pourraient contenir des germes de conflits futurs.

    La Résolution 2773 et le retrait partiel de l’AFC-M23

    La Présidente de la Société Civile du Sud-Kivu regrette qu’on ne parle plus de la Résolution 2773 du Conseil de sécurité, pourtant adoptée à l’unanimité pour « exiger le retrait des RDF et de leurs supplétifs et le rétablissement de l’autorité de l’État ».

    Elle note que le retrait de l’AFC-M23 est partiel à Uvira, alors que d’autres territoires restent occupés, et appelle à un retrait complet, condition pour la confiance et un dialogue inclusif crédible.

    VDP, Wazalendo et risque d’explosion future

    La Société Civile alerte aussi sur la confusion autour des VDP, Wazalendo et autres groupes armés, certains étant impliqués dans des bavures contre les civils.

    « Si rien n’est fait, cette question deviendra une épine dorsale dans le dos du gouvernement. »

    Elle a également plaidé pour le retour des membres de la communauté banyamulenge actuellement bloqués à Kamanyola, après avoir fui avec l’AFC-M23, afin qu’ils rejoignent leurs familles et leurs maisons à Uvira, sous protection des FARDC et de la PNC.

    Violations du cessez-le-feu et risque de nouveaux combats

    La Présidente de la Société Civile du Sud-Kivu a enfin averti que, selon des sources crédibles, trois bateaux chargés de munitions et de militaires sont arrivés de Goma, et que des troupes de l’AFC-M23-RDF sont déployées à : Walungu, Kabare, plaine de la Ruzizi, Kasika-Mwenga et Kalehe, laissant présager de nouveaux affrontements imminents.

    La Société Civile demande l’accompagnement de la MONUSCO pour poursuivre le plaidoyer auprès de la médiation de l’Union africaine, notamment avec Catherine Samba-Panza et Sahle-Work Zewde.

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    Invité à la réunion, le député national Trésor Mutiki Lutala a présenté une proposition de loi, déposée séance tenante, visant à interdire l’intégration dans les FARDC, la PNC et les institutions des rebelles ayant commis des crimes graves, afin d’éviter la répétition des rébellions depuis 30 ans.

    En clôture, Jean-Pierre Lacroix, cité par Néné Bintu a rappelé que la population ne doit ni sous-estimer ni surestimer le rôle de la MONUSCO. Il n’a confirmé aucun redéploiement militaire au Sud-Kivu mais le déploiement imminent d’une équipe de vérification du cessez-le-feu à partir d’Uvira, en attendant les orientations du Conseil de sécurité prévues en mars 2026.

    Après cette réunion de 1 heure 30 minutes, le Secrétaire général adjoint de l’ONU s’est rendu au Palais de la Nation pour rencontrer le Président de la République.

    Vinciane Ntabala

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