À l’occasion de la Journée internationale de la tolérance zéro à l’égard de la mutilation génitale féminine, célébrée chaque 6 février, Jean Moreau Tubibu, défenseur des droits humains basé à Bukavu, dresse un constat alarmant sur la situation des femmes dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Selon lui, cette journée rappelle un enjeu central : la protection de l’intégrité physique et morale des femmes dans une région marquée par des décennies de conflits armés, d’insécurité chronique et de prolifération de groupes armés.
« Cela fait plus de trente ans que le corps de la femme est devenu un front de guerre », déplore Jean Moreau Tubibu.
Pour le défenseur des droits humains, les violences sexuelles et les mutilations sont, depuis trois décennies, utilisées comme des stratégies de domination et d’humiliation entre groupes armés. Le viol et les mutilations servent à envoyer un message à l’ennemi : briser l’autre en s’attaquant à ses femmes, à ses filles et à son humanité.
Dans cette logique de guerre, la femme n’est plus perçue comme une personne, mais comme un objet, un territoire à conquérir, un moyen d’expression de la violence.
Jean Moreau Tubibu rappelle qu’autrefois, certaines mutilations génitales féminines étaient pratiquées par des femmes âgées, sous couvert de traditions prétendant « purifier » ou « préparer » la femme. Des pratiques qui constituaient déjà une grave violation des droits humains, en niant la dignité, le plaisir et la liberté des femmes.
Mais aujourd’hui, souligne-t-il, la situation s’est encore aggravée.
« Nous, les hommes, qui prétendons défendre l’égalité et le respect, commettons parfois des atrocités encore plus graves », affirme-t-il.
Selon lui, les corps des femmes sont mutilés avec une cruauté extrême, traduisant une négation totale de l’humanité de l’autre.
Face à cette réalité, Jean Moreau Tubibu appelle à une condamnation ferme de ces pratiques et à une déconstruction, dès l’enfance, des normes sociales qui banalisent la domination, la violence et l’abus.
Pour mettre fin à ces crimes, il plaide pour un renforcement effectif des mécanismes judiciaires : application stricte des lois protégeant les femmes et les enfants, poursuites systématiques contre les auteurs de violences sexuelles et de mutilations, et rejet total de la justice populaire au profit de mécanismes légaux.
Il souligne également que les mutilations ne concernent plus uniquement les femmes. Des cas de mutilations génitales masculines ont été signalés, notamment à Shabunda et dans la province du Maniema, signe d’une violence qui s’étend et se banalise.
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« Le corps de la femme n’est ni un outil, ni un champ de bataille, ni un terrain d’expérimentation. C’est le corps d’un être humain, porteur de dignité et de droits inaliénables », conclut Jean Moreau Tubibu.
Edith Kazamwali

