L’insuffisance de nourriture et le manque d’espace figurent parmi les principaux défis auxquels sont confrontées les familles déplacées hébergées par des ménages hôtes dans le territoire de Kabare, au Sud- Kivu. Chassés de leurs villages d’origine par la dégradation de la situation sécuritaire, de nombreux déplacés n’ont pas eu le temps de cultiver leurs champs, aggravant ainsi leur vulnérabilité alimentaire.
Dans plusieurs familles d’accueil, les vivres viennent à manquer. À cela s’ajoute la promiscuité : des maisons conçues pour une seule famille abritent aujourd’hui deux à trois ménages, parfois davantage, rendant les conditions de vie extrêmement difficiles.
À Bugorhe, un habitant tire la sonnette d’alarme et lance un appel aux personnes de bonne volonté ainsi qu’aux organisations humanitaires afin de venir en aide tant aux déplacés qu’aux familles hôtes, en vue de renforcer leur résilience.
« Dans notre ménage, nous hébergeons plus de quatre familles. Nous faisons face à d’énormes difficultés pour trouver de la nourriture suffisante. Le logement pose aussi problème : certains dorment au salon, d’autres passent la nuit sur des bancs », témoigne-t-il.
Selon plusieurs sources locales, l’afflux des déplacés accueillis dans les groupements du territoire de Kabare proviennent des villages situés autour du Parc national de Kahuzi-Biega, où l’insécurité demeure préoccupante. Cette situation a un impact direct sur la vie quotidienne des familles d’accueil, notamment dans la cité de Kamanyola déjà fragilisée par des ressources limitées.
Un membre d’une famille hôte affirme que l’augmentation du nombre de personnes au sein du ménage rend la vie de plus en plus difficile, en raison du manque de moyens financiers et de ressources essentielles. « Dormir et se nourrir sont devenus de véritables défis », confie-t-il, tout en reconnaissant que lorsque les organisations humanitaires interviennent, les déplacés en bénéficient également.
Face à cette réalité, un appel pressant est lancé aux acteurs humanitaires pour intensifier leurs interventions, notamment à travers la mise en place de solutions de logement adaptées aux déplacés vivant à Kamanyola.
« Dans plusieurs quartiers de la cité, des déplacés venus d’Uvira, des zones montagneuses et des environs de Kamanyola ont été accueillis par des familles locales. Ils sont nombreux et les ménages hôtes font face à d’énormes difficultés », souligne un autre témoin.
Des interventions humanitaires encore insuffisantes
Pour rappel, la crise humanitaire actuelle a entraîné le déplacement de milliers de personnes contraintes de fuir leurs milieux d’origine à cause de l’insécurité persistante. Certaines organisations humanitaires ont récemment ravitaillé des structures sanitaires en intrants médicaux dans le territoire de Kalehe, afin d’améliorer la prise en charge des enfants et des femmes affectés par les conflits armés. Il s’agit notamment de Médecins Sans Frontières, TPO/DRC et Médecins du
Monde, intervenant notamment dans la zone de santé de Bunyakiri. À Nyabibwe, toujours dans le territoire de Kalehe, plusieurs déplacés et membres de
familles d’accueil ont été identifiés pour bénéficier d’une assistance humanitaire, mais demeurent en attente. Dans cette même zone, le Programme alimentaire mondial (PAM) préconise la mise en place de cantines scolaires pour lutter contre la famine et favoriser une meilleure assimilation des apprentissages chez les élèves.
De son côté, Madame Solange Shamwami, coordinatrice de l’association AFEM à Nyabibwe, plaide pour une assistance en vivres et non-vivres en faveur des personnes vulnérables, afin de soulager tant les déplacés que les familles qui les accueillent.
Article produit dans le cadre du projet « Habari za Mahali ». Un projet du consortium RATECO, REMEL-GL avec le soutien de Media4Dialogue de LaBenévolencia.

