Intervenons-nous

À Bukavu, malgré une situation sécuritaire instable et un climat économique asphyxié par les conflits armés dans l’Est de la République démocratique du Congo, des jeunes refusent de baisser les bras. Ils entreprennent, innovent et avancent avec courage. Nabintu Zihalirwa Dorcas, jeune pâtissière et entrepreneure, incarne cette résilience silencieuse mais déterminée.

Âgée de 24 ans, Dorcas évolue dans un secteur où la passion se mesure au goût et à la constance : la pâtisserie et le service traiteur. Étudiante en médecine à l’Université Catholique de Bukavu (UCB), elle mène de front études exigeantes et entrepreneuriat, avec une vision claire : offrir une alimentation de qualité comme une forme de soin à la population.

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Son aventure entrepreneuriale commence modestement. Sans capital, mais avec une conviction profonde et un robot mixeur offert par sa mère, témoin de sa passion naissante, Dorcas ose faire le premier pas.

« Quand j’ai reçu cette batteuse électrique, j’ai commencé à faire des crêpes, pancakes, gaufres et de petits gâteaux que je vendais à mes collègues étudiants pendant les pauses ou avant les cours. Avec mes 30 dollars épargnés, j’ai acheté quelques ingrédients pour réaliser des gâteaux d’anniversaire et de mariage. C’est là que tout a commencé », raconte-t-elle.Nabintu Zihalirwa Dorcas,

De petites ventes en recommandations spontanées, Dorcas se construit une réputation. Chaque bénéfice est réinvesti. Progressivement, elle acquiert d’autres équipements : batteuses supplémentaires, gaufrier, congélateur-frigo pour la conservation des produits. En 2021, son projet prend une identité : « Délices Paradis » voit le jour.

La même année, elle élargit ses services au traiteur, assurant des buffets pour anniversaires, mariages et événements privés. Un domaine qu’elle connaissait déjà, mais où il fallait s’imposer.

« Le plus grand défi au début était de se faire connaître dans un secteur très concurrentiel. Ensuite, il fallait gagner la confiance des clients », confie-t-elle.

À force de rigueur, de ponctualité et de qualité, Délices du Paradis s’impose peu à peu. Les commandes dépassent Bukavu : Goma, la plaine de la Ruzizi, le Rwanda et même le Burundi, avant que la crise sécuritaire ne vienne brutalement freiner cet élan.

Aujourd’hui, la réalité est plus rude. L’insécurité a vidé la ville d’une partie de sa clientèle. Beaucoup ont fui, d’autres ont perdu leurs emplois, et l’argent circule de moins en moins.

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« La majorité de mes clients ont quitté Bukavu. D’autres ont perdu leur travail et ne peuvent plus maintenir le même niveau de vie. Ils font rarement appel à mes services », regrette Dorcas, sans pour autant céder au découragement.

Malgré tout, son activité lui permet encore de subvenir à certains besoins essentiels, notamment les frais de transport et une partie de ses charges estudiantines. Un équilibre fragile, mais précieux.

Tournée vers l’avenir, Dorcas ambitionne de fidéliser davantage la population locale, promouvoir la consommation des produits locaux et, à long terme, étendre “Délices du Paradis” au-delà des frontières.

Son message à la jeunesse est clair : « Il faut oser entreprendre, même avec peu de moyens. Rester focus, ignorer les moqueries, les doutes et les découragements des autres. »

Aux organisations œuvrant pour la promotion de l’entrepreneuriat, elle lance un appel.

« Portez la voix des jeunes entrepreneurs et accompagnez-les avec des subventions afin qu’ils développent leurs projets et luttent efficacement contre le chômage. »

À Bukavu, Nabintu Dorcas continue de pétrir ses rêves, gâteau après gâteau, convaincue que même en temps de crise, le courage et la persévérance peuvent encore avoir le goût du succès.

Suzanne Baleke

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