Le secteur de l’éducation nationale en République démocratique du Congo traverse une crise majeure en ce début d’année 2026, marquée par une vague de contestations d’enseignants dans plusieurs provinces, notamment la Tshopo, le Maniema, le Kongo-Central et le Kwilu. En cause : des retards chroniques de paiement, les dysfonctionnements des opérateurs de paie et la vétusté du système bancaire, qui fragilisent sérieusement le calendrier scolaire.
L’année scolaire 2025-2026 pourrait ainsi être gravement compromise. Malgré la politique de gratuité de l’enseignement, de nombreuses écoles restent fermées, les enseignants multiplient les mouvements de protestation et le circuit de paie apparaît grippé, selon plusieurs sources concordantes.
D’après mediacongo.net, la colère des enseignants vise particulièrement les opérateurs de paie non bancaires, notamment la Caritas. Dans les territoires de Kailo (Maniema) et Opala (Tshopo), les syndicats réclament la fin de cette collaboration, dénonçant des retards devenus insupportables. Au Maniema, les enseignants exigent leur transfert vers des banques commerciales, comme la Trust Merchant Bank (TMB), après plusieurs mois d’arriérés, incluant les salaires de novembre et décembre ainsi que la prime de gratuité.
À Isangi, dans la province de la Tshopo, la tension est montée d’un cran ce lundi 12 janvier. Des feux symboliques ont été allumés devant les bureaux de la Caritas pour protester contre trois mois d’impayés, d’octobre à décembre. Le responsable local de la Caritas, l’abbé Célestin Osandu, évoque un déficit de communication et affirme que l’État n’aurait débloqué qu’une partie des fonds, mais le dialogue avec les enseignants semble rompu.
Si certains enseignants réclament la bancarisation, celle-ci pose également problème dans plusieurs zones rurales. Dans le territoire de Luozi (Kongo-Central), des centaines d’enseignants sont contraints de parcourir plus de 250 kilomètres jusqu’à Kimpese pour renouveler leurs cartes bancaires Equity BCDC arrivées à expiration.
« Chaque enseignant dépense près de 200 000 FC pour le transport afin de toucher un salaire qui dépasse à peine 300 000 FC », déplore un délégué syndical.
Conséquence : des écoles entières sont fermées, les enseignants étant mobilisés par ces déplacements plutôt que par l’enseignement.
Dans la province du Kwilu, la contestation prend une forme particulière. À Kikwit, les enseignants ont décidé de ne reprendre les cours que le 19 janvier 2026. Ils estiment que le paiement tardif du salaire de décembre, effectué à partir du 5 janvier, marque en réalité le début de leurs congés de fin d’année.
L’intersyndicale de l’EPST Kwilu 2 porte également des revendications de fond, notamment :
- un salaire mensuel décent, compris entre 600 000 et 1 000 000 FC ;
- le respect strict du calendrier de paie, avec un début des paiements le 20 de chaque mois ;
- la mécanisation des Nouvelles Unités (NU) ;
- et une retraite digne pour les enseignants âgés de plus de 70 ans.
À Kinshasa, la situation est suivie de près. La ministre de l’Éducation nationale, Raïssa Malu, et le ministre des Finances, Doudou Fwamba, multiplient les réunions d’évaluation. Mais le problème reste structurel. Des opérateurs de paie comme Afriland et l’Ifod reconnaissent eux-mêmes leurs difficultés financières, affirmant attendre de l’État des arriérés de frais de gestion datant de 2022.
Pris entre les contraintes de trésorerie de l’État et les défaillances des intermédiaires, ce sont des millions d’élèves congolais qui subissent directement les conséquences de cette crise. Faute de solutions rapides et durables pour stabiliser la paie des enseignants, notamment dans les zones rurales, le spectre d’une année blanche ne relève plus de la simple menace, mais d’un risque réel et imminent.

