Intervenons-nous

À l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes, célébrée chaque 25 novembre, plusieurs organisations à travers le monde ont lancé les 16 jours d’activisme, une campagne annuelle axée sur la sensibilisation et la lutte contre les violences faites aux femmes. Parmi les structures engagées, l’Initiative des Femmes Autochtones Pygmées pour la Paix et le Développement Endogène (IFAPPDE) attire l’attention sur la situation des femmes autochtones, encore trop souvent oubliées.

Contacté par La Prunelle RDC ce vendredi 28 novembre 2025, Isaac Mihonya, membre de l’organisation, confirme que les femmes autochtones pygmées sont également victimes de violences multiples : physiques, numériques, émotionnelles, économiques, entre autres.

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Selon lui, ces femmes ne bénéficient généralement d’aucun accompagnement, alors que toute survivante de violences devrait être suivie à tous les niveaux.

Il souligne aussi l’éloignement des structures sanitaires, un obstacle majeur à la prise en charge des victimes. Il cite notamment le village de Musenyi, dans le campement de Bihaka (chefferie de Buloho), où le dispensaire le plus proche se trouve à 24 kilomètres.

« Lorsque ces femmes sont victimes, les faits passent souvent inaperçus », regrette-t-il.

Isaac Mihonya dénonce également des violences numériques : certaines personnes prennent des photos de femmes autochtones et les diffusent sur les réseaux sociaux au nom du plaidoyer, sans leur consentement.

« Le droit à l’image existe pourtant. Diffuser ces photos sans autorisation constitue une violation grave. Ces images exposent la nudité de ces populations et portent atteinte à leur dignité », rappelle-t-il.

Il rapporte par ailleurs que plusieurs femmes autochtones ont été tuées en subissant des violences physiques. Dépourvues de terres, elles s’aventurent en brousse pour trouver de quoi nourrir leurs familles, mais sont souvent mal accueillies et ciblées. Certaines ont été tuées dans la province du Tanganyika.

« Ce peuple est originaire du pays, mais il n’a pas de place. C’est le début de la marginalisation, et ce sont les femmes qui en subissent le plus les conséquences », explique-t-il.

Pour David Butochima, Chargé des programmes de l’IFAPPDE, l’organisation tente d’accompagner ces femmes en organisant des dialogues communautaires entre peuples autochtones pygmées et décideurs bantous, afin de promouvoir l’inclusion, la cohabitation pacifique et le respect des droits. IFAPPDE travaille aussi sur les mécanismes de prévention et de lutte contre les VBG.

Il s’indigne des conditions vécues par ces femmes.

« Elles mettent au monde en risquant leur vie dans la brousse, sans structures sanitaires. Elles font face à la marginalisation, et les filles pygmées n’ont pas toutes accès à l’éducation. »

Il ajoute que les femmes et filles autochtones subissent aussi des violences psychologiques, car « les Bantous les pointent du doigt à cause de leur morphologie différente ».

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L’IFAPPDE appelle la population et les autorités à respecter les femmes autochtones et leurs droits, notamment en les intégrant dans les processus de prise de décision communautaire. L’organisation encourage également les femmes autochtones à dénoncer tout acte de violence, afin que les auteurs soient sanctionnés conformément à la loi.

En cas de violence sexuelle, l’IFAPPDE rappelle l’importance de se rendre dans un hôpital dans les 72 heures afin de recevoir les soins appropriés.

Sylvie Bahati

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