Intervenons-nous

À l’occasion du 44 anniversaire de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), célébré le 15 février 2026, plusieurs acteurs politiques et sociaux de la République démocratique du Congo s’interrogent sur les effets pervers de la multiplication des partis politiques, devenue l’une des caractéristiques majeures de la vie politique congolaise.

Alors que la RDC compterait aujourd’hui plus de 900 partis politiques et plus de 700 regroupements, une situation quasi unique sur le continent africain, ces acteurs estiment que cette hyper-fragmentation nuit à la structuration de la démocratie et affaiblit la gouvernance.

Lire aussi : RDC : l’UDPS dénonce l’enlèvement de son vice-président fédéral à Goma

« Une démocratie désorganisée »

Pour Emmanuel N’iwhe, acteur politique basé à Bukavu, cette situation reflète une profonde crise d’organisation du champ politique congolais.

« La RDC est l’un des rares pays au monde avec plus de 900 partis politiques et plus de 700 regroupements. Ailleurs, les partis se structurent autour d’idéologies claires. Ici, ce sont des conflits d’intérêts et des guerres de positionnement. Chacun veut son parti, même sans base réelle », déplore-t-il.

Il pointe également la responsabilité du ministère de l’Intérieur, accusé de valider des formations ne répondant pas aux critères légaux.

Selon lui, les partis devraient avant tout jouer un rôle de socialisation politique, d’éducation civique et de mobilisation citoyenne en faveur du développement.

De son côté, Amani Katembera Didier, député provincial du Sud-Kivu et cadre de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC), rappelle que la Constitution congolaise garantit la liberté de créer un parti politique.

Mais, selon lui, ce principe a été vidé de son sens.

« On ira bientôt vers deux mille partis politiques pour rien. Beaucoup ne servent qu’à se positionner politiquement, pas à renforcer la démocratie ni à répondre aux besoins des citoyens », souligne-t-il.

Il plaide pour des partis engagés dans la formation idéologique, patriotique et civique des jeunes.

Un système à trois partis ?

Pour Jean-Bosco Muhemeri, acteur social, le multipartisme congolais a été « mal assimilé » par la classe politique.

« Les partis se ressemblent tous. Ils mobilisent les mêmes militants au gré des saisons politiques. Pour rendre le système efficace, il faudrait revenir à trois grands partis nationaux, financés par l’État et libérés des chefs à vie et des autorités morales », propose-t-il.

Lire aussi : Sud-Kivu : la Ligue des Jeunes de l’UDPS Rural 2 exige le remplacement des autorités fuyantes face à la crise sécuritaire

Selon lui, un tel modèle permettrait l’émergence de trois visions politiques claires, offrant aux citoyens des choix idéologiques réels.

Au-delà de leurs divergences, ces acteurs convergent sur un point : la prolifération actuelle des partis politiques constitue un frein à la consolidation démocratique et à la gouvernance en RDC. Ils appellent les autorités nationales à engager une réforme en profondeur du cadre légal afin de rationaliser le paysage politique et renforcer la crédibilité des partis.

Suzanne Baleke et Esther Rehema

Share.
Leave A Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.