Plusieurs organisations se réclamant de la Société Civile en République démocratique du Congo ont exprimé leur opposition ferme à la décision du gouvernement d’accueillir sur son territoire des ressortissants de pays tiers expulsés des États-Unis.

Dans un communiqué conjoint publié ce mercredi, ces structures dénoncent une mesure « inacceptable », prise sans transparence ni consultation des institutions ou de la population.

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Les organisations signataires affirment que cet accord aurait été conclu sans respecter les procédures constitutionnelles en vigueur. Elles soulignent notamment l’absence de débat au Parlement, ni à l’Assemblée nationale ni au Sénat, ainsi que le manque d’informations publiques sur le contenu exact du texte.

Selon elles, aucun élu ni acteur de la société civile n’a été associé au processus, ce qui constitue une entorse aux principes de l’État de droit.

Elles exigent ainsi la publication intégrale de l’accord, la clarification des contreparties éventuelles et sa soumission aux deux chambres du Parlement pour examen et vote.

Au-delà des questions juridiques, la Société Civile met en doute la capacité de l’État congolais à prendre en charge de nouvelles populations vulnérables.

Elle rappelle que la RDC fait déjà face à une crise humanitaire majeure, avec plusieurs millions de déplacés internes, notamment dans l’Est du pays, dans des villes comme Goma, Beni et Bunia.

Les signataires dénoncent l’insuffisance des infrastructures d’accueil, la fragilité du système judiciaire et l’absence de dispositifs crédibles pour garantir la protection des migrants concernés.

Ils regrettent également que le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et d’autres organisations spécialisées n’aient pas été associés à cette initiative.

Les organisations estiment que le projet pourrait exposer des personnes expulsées à des conditions précaires, sans garanties juridiques ni accompagnement adéquat.

Elles insistent sur le fait que ces migrants, sans lien avec la RDC, pourraient se retrouver isolés, sans réseau de soutien, ni maîtrise des langues locales.

Elles demandent en conséquence l’annulation immédiate de tout transfert et l’ouverture d’un processus de consultation impliquant experts, juristes et organisations de défense des droits humains.

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Dans leur communiqué, les organisations dénoncent ce qu’elles qualifient de « sous-traitance migratoire », estimant que la RDC ne doit pas devenir un espace d’accueil pour des politiques migratoires étrangères.

Elles pointent notamment des pratiques héritées de politiques migratoires controversées, notamment sous l’administration de Donald Trump.

Selon elles, accepter ce type d’accord reviendrait à cautionner un système inégal, où des États plus faibles absorbent les conséquences des décisions de grandes puissances.

Les signataires évoquent également un risque d’atteinte à la souveraineté nationale. Dans un contexte marqué par des défis sécuritaires à l’Est, ils estiment que le pays ne peut se permettre des engagements internationaux sans transparence ni contrôle démocratique.

Ils mettent en garde contre un précédent dangereux, comparant cette situation à d’autres accords conclus sans consultation publique.

Enfin, les organisations appellent à une mobilisation des citoyens, des parlementaires, des juristes, des médias et de la diaspora pour exiger des explications et un débat public.

Elles exhortent également les partenaires africains et internationaux à ne pas soutenir des mécanismes qui, selon elles, transformeraient certains pays en zones de relocalisation forcée.

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Ce communiqué est signé notamment par des mouvements citoyens et organisations de défense des droits, parmi lesquels :
FILIMBI, Mouvement Mbanza Kongo, RODHECIC, Exprimons-nous, ANOGRA, Synergie Bilenge, Nuru Afrika, RES-PUBLICA, Les Indignés, CAYP, AJPC, CIDDH-RDC et le Collectif Diyi Dia Kasaï.

Vinciane Ntabala

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