À Kamanyola, dans le territoire de Walungu (Sud-Kivu), des jeunes filles élèvent la voix pour dénoncer les inégalités persistantes entre filles et garçons et réclamer un accès équitable aux opportunités, notamment en matière d’éducation.
Ces jeunes dénoncent plusieurs obstacles sociaux et culturels qui freinent encore le développement des filles, parmi lesquels les grossesses précoces et certaines attitudes discriminatoires profondément ancrées dans la communauté.
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Selon leurs témoignages, lorsqu’une fille tombe enceinte, elle est souvent retirée immédiatement de l’école par sa famille, mettant ainsi un terme brutal à sa scolarité. En revanche, les garçons impliqués dans ces grossesses poursuivent généralement leurs études sans interruption, une situation que les jeunes filles jugent profondément injuste.
« Cette réalité prive les filles des mêmes opportunités que les garçons et freine le développement de toute la société, car la jeune fille joue un rôle essentiel dans l’avenir du pays », expliquent-elles.
Pour mieux comprendre cette problématique, nous avons rencontré des élèves du Complexe scolaire Saint Joseph du Grand Lac, à Kamanyola. Autour du thème de l’égalité des opportunités entre filles et garçons, ces jeunes filles ont partagé leurs perceptions de la place de la femme dans la société locale.
Pour elles, l’égalité n’est ni un privilège ni une faveur, mais un droit fondamental.
« La jeune fille a le droit d’étudier, de se développer et de travailler au même titre que le garçon », affirme Bora Zaluke Rosine, élève dans cet établissement.
Elle souligne également que, dans plusieurs classes, les filles obtiennent souvent de très bons résultats scolaires, preuve de leur capacité et de leur sérieux.
Un avis partagé par Mugabekazi Miseke Félicité, élève en deuxième des humanités.
« Il n’existe pas de travail réservé uniquement aux garçons. Tout dépend de la volonté et des compétences. »
Malgré cette prise de conscience, les jeunes filles de Kamanyola reconnaissent qu’elles font encore face à de nombreux défis, notamment les stéréotypes sociaux, le poids des traditions, le manque de confiance en soi et surtout les grossesses précoces, qui interrompent fréquemment la scolarité des filles.
« Certaines personnes pensent encore que les filles n’ont pas de valeur », regrette Ornella Wangakyumu, élève en troisième des humanités. Pour elle, croire en soi reste une clé essentielle pour surmonter ces barrières.
Les élèves évoquent également des exemples positifs de femmes qui réussissent dans des domaines souvent considérés comme masculins, tels que l’ingénierie, la politique ou certaines fonctions de responsabilité au sein des écoles.
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« Tout est une question de détermination », estime Moulolo Bandung, élève en troisième des humanités.
À travers leurs témoignages, ces jeunes filles adressent un message clair à la communauté de Kamanyola: il faut encourager les filles à poursuivre leurs études, croire en leurs capacités et promouvoir le respect mutuel entre filles et garçons.
« Les garçons doivent être des alliés, pas des concurrents », insistent-elles, rappelant que l’égalité des chances profite à toute la société.
Ishara Yambisi Bin Kashenya, depuis Kamanyola

