À Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo, le bruit des machines n’a plus de genre. Sarah Abedi, ingénieure et soudeuse-ajusteur, y défie avec audace les stéréotypes, transformant un métier longtemps réservé aux hommes en un espace où les femmes peuvent s’épanouir et impacter leur communauté.
Diplômée en génie mécanique de l’Institut Supérieur des Techniques Appliquées (ISTA-Goma), Sarah Abedi n’a pas suivi un parcours linéaire. « J’ai commencé par des techniques sociales, assez éloignées de la mécanique, mais j’ai toujours été fascinée par les métiers techniques », confie-t-elle.
Lire aussi : Bukavu : le programme officiel du Festival Binti Shujaa dévoilé
Fille d’un capitaine de bateau et encouragée par sa mère, Sarah s’est inscrite dans une formation technique en électricité à l’ISTA-Goma. Dans une promotion de plus de 200 garçons, elle fut la seule femme à terminer le cursus. Les obstacles étaient nombreux : remarques décourageantes, échecs ponctuels et pression sociale. « Un enseignant m’a dit un jour : “Pourquoi es-tu ici ? Tu n’as pas ta place dans ce domaine.” Cette remarque m’a donné encore plus de détermination », se souvient-elle.
Après ses études, Sarah a travaillé à l’Institut National pour la Promotion Professionnelle (INPP) comme formatrice en mécanique et conduite automobile, transmettant ses connaissances tout en perfectionnant ses compétences en soudure, ajustage et fabrication de pièces mécaniques.
Une carrière qui allie technique, innovation et impact social
Aujourd’hui, Sarah cumule plusieurs casquettes : épouse, mère de deux enfants, entrepreneure économique et sociale. Dans son atelier, elle conçoit, répare et entretient des machines, développe des projets techniques et supervise la production, tout en adaptant ses solutions aux besoins locaux.
Sa passion se concentre sur la mécanique agricole. « Je travaille particulièrement sur des machines qui peuvent faciliter le travail des femmes agricultrices. Chaque projet, chaque machine représente une nouvelle occasion d’apprendre et d’améliorer la vie des gens », explique-t-elle.
Parmi ses réalisations, le motoculteur conçu dans son atelier est une fierté. Pensée pour alléger la charge physique des agricultrices, cette houe motorisée illustre la fusion entre ingéniosité technique et engagement social.
La technique comme vecteur de transformation
Pour Sarah, le métier de soudeuse-ajusteur dépasse la simple technique. « Ce qui me passionne, c’est la capacité de transformer une idée en solution concrète, de voir une machine fonctionner grâce à ce que j’ai créé, et l’impact que cela peut avoir sur la vie des gens », affirme-t-elle.
Malgré les défis liés aux stéréotypes de genre et à la rareté des femmes dans son domaine, sa motivation reste intacte : « Si je réussis, je montre que les femmes ont aussi leur place dans les métiers techniques et industriels. Chaque femme qui ose franchir cette barrière ouvre la voie à d’autres. »
Vision et ambitions pour l’avenir
Sarah Abedi projette de développer son atelier pour en faire un centre de fabrication et de formation technique, où les jeunes, surtout les femmes, pourront apprendre les métiers mécaniques et créer des machines agricoles adaptées au contexte local.
Elle rêve également de maîtriser la conception mécanique assistée par ordinateur et les technologies agricoles innovantes pour accroître l’efficacité et la durabilité des équipements produits.
Au-delà de ses compétences techniques, Sarah incarne la persévérance, la discipline et la détermination.
« Dans un environnement où les femmes sont encore peu nombreuses, il faut beaucoup de résilience pour avancer », confie-t-elle. Son style de travail se caractérise par la rigueur, la créativité et un sens profond de l’impact social.
En brisant les barrières, l’ingénieure Sarah Abedi montre que la technique n’est pas réservée aux hommes et que chaque idée, chaque machine, peut devenir un outil de transformation pour les femmes et la communauté de Goma.
Trésor Wilondja
