La situation des enfants devient de plus en plus préoccupante dans la ville de Bukavu. Dans les rues et les marchés de la ville, ils sont nombreux à exercer de petites activités commerciales pour subvenir aux besoins de leurs familles, au détriment de leur éducation et de leur développement. Une réalité qui s’intensifie avec la dégradation du contexte sécuritaire et économique dans la province du Sud-Kivu.

Selon Rodrigue Bashagaluke, chargé des programmes au sein de Congo Hope Initiative, ce phénomène prend de l’ampleur : « Aujourd’hui, il est difficile de parcourir les rues ou les marchés de Bukavu sans croiser des enfants en train de vendre divers produits », regrette-t-il.

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D’après les témoignages recueillis, la majorité de ces enfants sont envoyés par leurs parents, confrontés à une pauvreté grandissante. D’autres expliquent avoir abandonné l’école à cause de la guerre et de l’insécurité, se retrouvant sans alternative autre que de travailler pour survivre.

L’escalade des conflits armés dans la région a fragilisé de nombreuses familles, entraînant : la perte des moyens de subsistance, le déplacement des populations, la désorganisation du système éducatif.

Dans ce contexte, note Congo Hope initiative , les enfants deviennent souvent une source de revenus complémentaire, malgré les risques encourus.

Les spécialistes de la protection de l’enfance alertent sur les conséquences multiples du travail précoce. Selon Rodrigue Bashagaluke, ces activités commerciales ont des effets néfastes sur : la croissance physique, en exposant les enfants à des travaux pénibles et à des conditions de vie difficiles, le développement psychologique, avec un stress précoce lié à la recherche de revenus, le comportement social, souvent marqué par une exposition à des environnements inadaptés, l’éducation, avec des abandons scolaires ou une baisse significative des performances.

A long terme, cette situation compromet sérieusement l’avenir de ces enfants et limite leurs perspectives d’insertion socio-économique.

Les acteurs humanitaires dénoncent également une exploitation économique déguisée. Certains enfants sont utilisés comme main-d’œuvre bon marché, parfois sans rémunération équitable.

« Lorsqu’on exploite un enfant, il est payé à vil prix. Cela encourage certains adultes à préférer cette main-d’œuvre au détriment des travailleurs adultes », explique Rodrigue Bashagaluke.

Face à cette situation, un appel pressant est lancé aux parents afin de privilégier l’éducation de leurs enfants, éviter toute forme d’exploitation économique, accompagner leur développement dans un cadre protecteur.

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« La place de l’enfant est à l’école, et non dans les commerces. L’éducation est le seul moyen de préparer un avenir meilleur », insiste-t-il.

Les organisations humanitaires sont également appelées à renforcer leurs interventions. Parmi les actions recommandées : intensifier les campagnes de sensibilisation sur les dangers du travail des enfants, mener des plaidoyers pour faire respecter les droits de l’enfant et mettre en place des espaces récréatifs et éducatifs pour occuper les enfants en dehors des heures scolaires.

Article produit dans le cadre du projet « Habari za Mahali ». Un projet du consortium RATECO, REMEL avec le soutien de Media4Dialogue de LaBenévolencia 

Vinciane Ntabala

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