Le Conseil Territorial de la Jeunesse d’Idjwi (CTJ-Idjwi) alerte sur une dégradation inquiétante du climat sécuritaire dans le territoire d’Idjwi, au Sud-Kivu, marquée récemment par des cas de pendaison et de justice populaire. Dans une note officielle rendue publique le 24 février 2026, la structure de coordination des jeunes évoque onze incidents graves documentés entre juillet 2025 et février 2026.
Parmi les faits les plus marquants figurent plusieurs cas de corps retrouvés pendus à des arbres dans différents villages du territoire.
Le 21 février 2026, Alice Maneno, une jeune élève, a été retrouvée pendue à un arbre à Mugote. Quelques mois plus tôt, en décembre 2025, Zairois Rugomwa avait également été découvert pendu à Buhagwa, dans le groupement de Nyakalengwa, précisément dans le village voisin de Bwina.
À ces cas s’ajoute celui du 31 janvier 2026, où Nzarubaza Kahama a été retrouvé attaché à un arbre à Kishumbu, dans le groupement de Bunyakiri.
Ces incidents, selon le CTJ-Idjwi, alimentent un climat de peur et d’incompréhension au sein de la population, dans un territoire longtemps perçu comme relativement stable.
Dans la foulée du décès d’Alice Maneno, un pasteur identifié comme Zacharia, présenté comme présumé auteur du meurtre, a été tué par justice populaire le 23 février 2026 à Bukere, dans le groupement de Mugote.
Le lendemain, le 24 février 2026, un autre homme, Baderha Kanyamunyu, présumé voleur, a également été tué par justice populaire à Nyereji, toujours dans le groupement de Mugote.
Le Conseil territorial de la jeunesse condamne fermement ces actes, estimant que la justice populaire constitue une violation grave des droits fondamentaux et une atteinte à l’État de droit. Il appelle la population à la retenue et au respect de la dignité humaine, même en cas de suspicion.
D’autres cas de meurtres et d’attaques armées documentés
Au-delà des cas récents, la note fait état d’une série d’incidents enregistrés depuis juillet 2025. Le 16 juillet 2025 par exemple, Kakuru Kahama a été victime d’une attaque à main armée avec armes à feu et armes blanches à Kishumbu (Bunyakiri), avec plus de 300.000 francs congolais emportés. Le 22 juillet 2025, Ploni M’Rukaraga a subi une attaque similaire dans la même localité. Le 31 août 2025, un jeune homme non identifié a été retrouvé mort à Mulinga Kasharampene. Le 14 janvier 2026, Ombeni Katakufa a été découvert sans vie sur le lac Kivu, avec des traces de torture, après avoir passé la nuit à Bwina. Le 19 janvier 2026, Vincent Karama, âgé d’environ 70 ans, a été retrouvé mort à Nyakalengwa.
Le CTJ-Idjwi souligne que cette recrudescence d’actes violents intervient dans un contexte régional déjà marqué par les effets de la guerre dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Alors que le territoire d’Idjwi est actuellement sous contrôle du M23, la population subit la pression économique, la hausse du coût de la vie et la fragilisation du tissu social. L’insécurité locale vient ainsi aggraver un quotidien déjà difficile.
Le Conseil Territorial de la Jeunesse d’Idjwi demande l’implication personnelle de l’Administrateur du territoire et des chefs des chefferies de Rubenga et Ntambuka, l’ouverture d’enquêtes sérieuses et transparentes ainsi que le renforcement des dispositifs sécuritaires.
La structure sollicite également l’implication des organisations de la Société Civile, des ONG nationales et internationales ainsi que des agences des Nations unies, afin de diligenter une enquête indépendante et de lutter contre l’impunité.
Enfin, la jeunesse d’Idjwi appelle la population à la vigilance, tout en rejetant toute forme de justice populaire, estimant que la sécurité demeure une responsabilité partagée, mais encadrée par l’État de droit.
Sylvie Bahati

