À l’occasion de la Journée internationale du scoutisme célébrée chaque 22 février en mémoire de Robert Baden-Powell, La Prunelle RDC a rencontré une figure discrète mais rayonnante du mouvement scout à Goma : Denise Kavira Kyalwahi, connue sous le nom affectueux de « Chamelle Assidue ». À 40 ans révolus, cette mère célibataire de deux filles incarne un engagement total au service de la jeunesse et de la communauté.

    Dans la ville volcanique de Goma, Denise avance souvent d’un pas calme mais déterminé, foulard scout noué autour du cou comme un symbole d’appartenance et de mission. Native de Bunia, elle a été initiée très tôt à l’esprit scout. À 9 ans seulement, elle rejoint le mouvement xavéri, où elle servira comme cheffe de groupes pendant plus d’une décennie, apprenant les valeurs de discipline, de solidarité et de service.

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    Les campements, les jamborées et les techniques de vie en plein air ont façonné sa vocation. En 2022, Denise franchit une nouvelle étape en intégrant le scoutisme adulte. Sa philosophie reste simple : « aider sans attendre de récompense ». Cette conviction la pousse à former des jeunes dans plusieurs localités, notamment à Mambasa, Kasenyi et dans sa ville natale de Bunia.

    Mère célibataire, Denise porte plusieurs casquettes avec la même énergie tranquille. Entre les tâches domestiques, l’éducation de ses deux filles et ses responsabilités au sein du comité provincial de l’Association des Scouts du Nord-Kivu et dans le groupe scouts Ruzizi Rapide, elle cultive un équilibre qui étonne son entourage. « Mes enfants me rappellent même nos activités scoutes », dit-elle en laissant échapper un rire chaleureux.

    Pour elle, le scoutisme est bien plus qu’un loisir ou un mouvement de jeunesse. C’est une école de vie qui enseigne le travail, la responsabilité et la discipline personnelle. « Ça nous aide à devenir des leaders dans nos propres familles et dans la communauté », affirme-t-elle avec conviction.

    Son foulard scout, porté avec fierté dans les quartiers de Goma, suscite parfois la curiosité. Denise se souvient de réactions mitigées de certains voisins : « Dans le quartier, certains se demandaient pourquoi une grande maman s’engageait dans un mouvement de jeunes. On me demandait même si on me payait là-bas. » Elle répond inlassablement que le scoutisme est un volontariat fondé sur le don de soi.

    Selon elle, le mouvement rajeunit l’esprit et élargit la manière de voir le monde. « Le scoutisme nous apprend à rester jeunes dans notre façon de penser. Il change notre regard sur la vie. »

    La pensée de Robert Baden-Powell accompagne son engagement quotidien : « Avant de quitter cette terre, tâchez de la rendre meilleure que vous l’avez trouvée. » Cette maxime constitue pour Denise une véritable boussole morale.

    Passionnée de protection de l’environnement, elle participe au programme Mazingira Bora (d’expression swahilie signifiant « meilleur environnement ») porté par le groupe Ruzizi Rapide dans une logique de résilience climatique. À travers ce programme, les jeunes apprennent notamment à développer des jardins familiaux pour lutter contre la malnutrition et la pauvreté, tout en explorant l’entrepreneuriat vert.

    Dans un contexte régional marqué par l’instabilité, l’action de Denise prend aussi une dimension sociale importante. Les parents des jeunes formés saluent la discipline inculquée par le scoutisme, estimant que ce cadre éducatif détourne plusieurs adolescents des troubles sociaux.

    « Nos jeunes apprennent à se prendre en charge et à éviter les comportements à risque », explique-t-elle, convaincue que le scoutisme peut contribuer à la stabilité communautaire.

    À 40 ans passés, Denise Kavira demeure fière de sa promesse scoute, qu’elle considère comme un engagement moral permanent. Pour elle, la fraternité universelle prônée par le scoutisme transcende les différences sociales, religieuses ou nationales. La règle de vie scout – placer Dieu en premier, le prochain ensuite et soi-même en dernier – guide son quotidien.

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    Dans les moments difficiles, Denise choisit le sourire comme arme symbolique. Elle enseigne aux jeunes à protéger la nature, à travailler honnêtement et à développer l’entraide communautaire.

    En cette Journée internationale du scoutisme, Denise Kavira Kyalwahi apparaît comme une héritière vivante de l’idéal de Robert Baden-Powell : agir ensemble pour un monde meilleur.

    « Le scoutisme n’est pas un jeu. C’est une école de vie et un appel à l’action fraternelle », insiste-t-elle. Et avec humilité, elle conclut : « Avec le scoutisme, j’ai appris à voir la vie autrement. Et j’apprends encore chaque jour. »

    Abdallah Mapenzi

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