Dans le territoire de Kalehe, au Sud-Kivu, le système éducatif est confronté à un double défi majeur : le manque de matériels didactiques dans plusieurs écoles et le faible accès des enseignants aux formations continues, une situation qui affecte gravement la qualité de l’apprentissage des élèves.
L’alerte a été lancée par l’Alliance pour l’Universalité des Droits Fondamentaux (AUDF), une ONG locale membre de la société civile et du réseau de protection en RDC. Lors d’un entretien accordé à La Prunelle RDC ce jeudi 22 janvier 2026, son coordonnateur, Sadiki Juges, a dressé un tableau alarmant des conditions de travail des enseignants et d’étude des élèves.
Selon lui, de nombreux enseignants n’ont bénéficié d’aucune formation depuis plus de cinq ans et ne disposent ni de matériels pédagogiques adéquats ni même du programme national, ce qui complique sérieusement le processus d’enseignement-apprentissage, tant au primaire qu’au secondaire.
« Malgré la gratuité de l’enseignement, un grand nombre d’enfants n’étudient pas faute d’uniformes, de souliers et de fournitures scolaires. Leurs parents, appauvris par la guerre, sont retournés dans leurs communautés après avoir vu leurs biens pillés ou détruits », explique Sadiki Juges.
Il précise également que ces enfants n’ont reçu aucun kit scolaire depuis plusieurs années.
À cela s’ajoute un grave problème d’hygiène scolaire. Dans les aires de santé de Bujuki, Chigera et Lushebere, plusieurs écoles ne disposent ni de latrines hygiéniques ni de dispositifs de lavage des mains, alors qu’elles accueillent un effectif important d’élèves.
Parmi les établissements concernés figurent notamment : l’École primaire Chigera, l’EP Bujuki, l’EP Musumba, l’EP Biragorago, l’EP Nyabirehe, l’Institut Ngokwe et l’Institut Golgotha.
Ce dernier est particulièrement touché : six salles de classe ont perdu leur toiture en décembre dernier à la suite d’un vent violent, obligeant les élèves à suivre les cours dans le hangar d’une église.
Face à cette situation, Sadiki Juges appelle les partenaires éducatifs à intervenir d’urgence, notamment pour la construction de latrines modernes afin de garantir des conditions d’apprentissage saines et dignes.
« Le manque de latrines viole les droits fondamentaux des enfants. Les élèves, surtout les filles, sont sans protection adéquate et manquent de kits hygiéniques pour la gestion de leur cycle menstruel », alerte-t-il.
Cette crise éducative, sur fond de pauvreté post-conflit, met en péril l’avenir de milliers d’enfants dans le territoire de Kalehe, où l’école reste pourtant l’un des rares espaces de reconstruction sociale.

