Intervenons-nous

Les dernières données du ministère des Finances confirment un tournant majeur dans la mobilisation des recettes publiques en République démocratique du Congo. En l’espace de quelques mois, les recettes pétrolières collectées par la Direction générale des douanes et accises (DGDA) sont passées d’une moyenne mensuelle de 4,4 milliards de francs congolais (CDF) à plus de 78 milliards de CDF, soit une progression de plus de 1.700 %.

Cette performance inédite est attribuée à une réforme fiscale ciblée, entrée en vigueur en août 2025, qui a profondément réorganisé le régime de subvention des produits pétroliers au profit du Trésor public.

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Selon un document officiel du Cabinet du ministre des Finances daté du 20 janvier 2026, les recettes pétrolières perçues entre janvier et juillet 2025 plafonnaient à une moyenne mensuelle de 4.435.381.043 CDF, traduisant un important manque à gagner pour l’État.

À partir d’août 2025, avec l’application des nouvelles mesures, la courbe s’est brutalement inversée, atteignant une moyenne de 78 508 025 374 CDF par mois jusqu’à la fin de l’année. Une évolution qualifiée d’« historique » par plusieurs analystes du secteur public.

Le cœur de la réforme repose sur l’article 22 de la Loi des Finances 2025, qui a mis fin à la subvention pétrolière accordée aux sociétés minières et à leurs sous-traitants, notamment pour les carburants terrestres et l’aviation.

Ces avantages fiscaux représentaient jusque-là un coût considérable pour l’État. Leur suppression a permis de rediriger directement vers le Trésor public des ressources auparavant captées par des acteurs privés.

Cette mesure a été accompagnée par un ensemble d’actions opérationnelles, notamment la suspension des exonérations et des paiements échelonnés à l’importation, le marquage moléculaire des produits pétroliers pour lutter contre la fraude  et le renforcement des contrôles par la Brigade de lutte contre la contrebande pétrolière.

Sur l’ensemble de l’année 2025, la DGDA a mobilisé 6 848 milliards de CDF, dépassant largement les prévisions du Plan de trésorerie (PTR) qui étaient fixées à 6 280 milliards de CDF, soit un taux de réalisation de 109 %.

Ce dépassement des objectifs offre au gouvernement une marge budgétaire supplémentaire pour financer des projets d’infrastructures, de santé, d’éducation et de protection sociale, dans un contexte marqué par de lourdes contraintes économiques.

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Dans son rapport, signé par Alain Malata Kafunda, directeur de cabinet du ministre des Finances, cette performance est attribuée à un travail « solidaire » entre les ministères des Finances, des Hydrocarbures et de l’Économie nationale.

Alors que les dépenses fiscales liées aux subventions pétrolières atteignaient encore 1,1 milliard de dollars en 2023, la RDC semble amorcer un virage stratégique vers une gestion plus rationnelle de ses ressources intérieures.

Pour de nombreux experts, la dynamique enclenchée par la DGDA constitue l’un des signaux les plus forts d’une maturation progressive de la gouvernance financière congolaise.

Joseph Aciza

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