À Bukavu, la vie devient de plus en plus difficile pour les commerçants et les ménages, confrontés à la hausse des prix des denrées alimentaires et aux conséquences de l’insécurité persistante à l’Est de la RDC.
Ce jeudi 10 juillet 2025, un tour au marché de Nyawera permet de mesurer l’ampleur de la crise. Entre inaccessibilité des routes d’approvisionnement, baisse du pouvoir d’achat et fluctuation du taux de change, les vendeurs témoignent d’un quotidien marqué par les pertes et les incertitudes.
« On vend moins parce qu’il n’y a plus autant de clients comme avant », confie Marie, bouchère. Elle précise que ses principaux clients étaient des restaurateurs, mais beaucoup d’entre eux ont fermé, soit à cause de la guerre, soit en raison de dettes bancaires. « Avant, j’achetais le kilo de rôti à 14.000 FC et je le revendais à 15.000 FC. Aujourd’hui, je l’achète à 13.000 FC et je le revends à 13.500 FC. Même sans bénéfice, on est obligés d’écouler », déplore-t-elle.
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Du côté des denrées alimentaires importées, la situation n’est guère meilleure. Maman Bibiche, commerçante, explique : « Aujourd’hui, il est très difficile de se procurer de la marchandise. On dépend du Rwanda, du Nord-Kivu ou encore de la Tanzanie via la plaine de la Ruzizi. Mais la plaine n’est plus accessible. Résultat : les prix montent. Avant, depuis Uvira, la marchandise arrivait directement à Bukavu. Maintenant, elle passe par Goma ou la Tanzanie, avec plus de taxes. Cela nous coûte jusqu’à 7 dollars de plus ».
Seule note légèrement positive, le léger recul du taux de change semble profiter à certains. Joslyne, vendeuse de fruits et légumes, observe une petite amélioration : « On achète plus souvent en francs congolais, ça nous arrange. Par exemple, un kilo de tomates qui se vendait à 3.000 FC est passé à 2.000 FC »
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Mais pour Claude, vendeur de produits secs, cette amélioration est loin d’être généralisée : « Le taux de change n’a pas d’impact pour ceux qui achètent en dollars. Les prix ont même augmenté pour plusieurs produits ». Il donne des exemples concrets :
- Le sac de sucre est passé de 45-48 dollars à 41-42 dollars, seule baisse notable.
- Le sac de farine « Mbale », très prisé à Bukavu, est monté à 24-25 dollars contre 20-22 auparavant.
- La farine dite « ordinaire » est passée de 10 à 12-13 dollars.
- Le bidon d’huile qui coûtait 27-28 dollars se vend maintenant à 31-32 dollars.
- Le sac de riz est passé de 22-23 à 30 dollars.
« La qualité baisse aussi. Il y a même des produits contrefaits. Et les fournisseurs disent que la production de cette année est bien inférieure à celle de l’an passé », ajoute Claude, visiblement découragé.
Dans un marché qui reste au cœur de la vie quotidienne à Bukavu, la flambée des prix met à rude épreuve les vendeurs, mais aussi les ménages, dont le pouvoir d’achat s’effrite de jour en jour. La question alimentaire s’impose plus que jamais comme un défi économique et social majeur dans la ville.
Divine Busime et Sylvie Bahati